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Ephémère

« Mais le pire, est qu’ils soient des oubliés et qu’ils le sachent. Ceux qui les connaissaient les ont oubliés parce qu’ils pensent à autre chose et c’est bien compréhensible. Quant à ceux qui les aiment, ils les ont oubliés aussi parce qu’ils doivent s’épuiser en démarches et en projets pour les faire sortir. À force de penser à cette sortie, ils ne pensent plus à ceux qu’il s’agit de faire sortir. Cela aussi est normal. A.Camus (La peste)

Et, pourtant ce bâillon que nous avions tous sur la bouche à leur sujet ne nous empêchait pas d'y penser constamment ! Mais personne dans le village ne voulait s'engager. Nous savions bien qu'il était inhumain de ne rien faire mais une sorte de lâcheté nous enveloppait... Ils étaient arrivés, un soir de septembre, à la fin de l'été, avec leurs valises usagées, l'air épuisé et hagard de ceux qui ont vécu des péripéties dangereuses. Nous les avons accueillis comme il se doit dans nos coutumes villageoises ; pain, eau et logement... il faut dire que pour nous l’Étranger bien qu'accueilli

n'est pas intégré facilement même s'il parle notre langage !

Nous sommes ainsi et bien souvent on se méprend sur notre hospitali-té car elle est éphémère ! Nous avons un Vieux dans le village dont le surnom reste «  Le Français » alors qu'il est arrivé, jeune enfant chassé par la guerre !!! Nous l'aimons bien mais ses ancêtres sont nés ailleurs et le chauvinisme est bien ancré ici comme ailleurs du reste !

Que pouvons nous faire pour ces migrants qui débarquent constamment ?

Certains aimeraient bien rester ici mais nous n'avons pas de travail à leur offrir dans notre pays où le taux de chômage est déjà si élevé... Que faire ? Nous voyions bien que leur route est semblable au mythe de Sisyphe avec les mois qui s'écoulent... Pour eux c'est la chute, un rêve qui s'écroule, une sorte de peste qui les poursuit d'étape en étape !!!

Nos Autorités sont dépassées et oublient peu à peu les dossiers de ces multitudes d'êtres en perdition et même les bénévoles se lassent. Le moindre larcin leur est attribué et peut-être en est il ainsi. Il faut bien vivre quand le pays d'origine alimente guerres, corruption et meurtres !

Nous le savons bien dans notre village mais notre impuissance devient lâcheté et il faut bien le dire REJET...

Mais souvent je songe, maintenant que nous les avons chassés (et qu'ils errent je ne sais où ?...), à cette phrase que l'un d'entre eux m'avait murmuré ,les yeux humides, cette phrase de Camus :

« J'ai grandi dans la mer et la pauvreté m'a été fastueuse, puis j'ai perdu la mer, tous les luxes m'ont paru alors gris, la misère intolérable. Depuis, j'attends. J'attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. » (l'été , la mer au plus près).

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