• Monique L

Insomnie

Ma longue nuit les yeux ouverts seul délivré je veille pour ceux qui dorment.

Je prends ces temps gagnés sur l’inconscience, les accumulent à mon stock de vie. Je m’y installe confortablement. L’enfoncement dans le duvet me transporte au-dessus de mon corps, me dépose dans le nid de celui à qui on a volé cette douillette protection. A l’écoute des bruits du silence, j’entends sa plainte. Il aurait voulu le garder encore un peu, ce duvet, le temps de prendre des forces avant de se trouver poussé dans le vide par les siens. Dans la réalité de mon rêve, je bats des ailes pour lui et ses frères. Attention, l’enjeu est de taille et l’exercice nouveau pour moi. Bras et jambes déployés, il faut repérer les courants ascendants, surfer sans basculer, je suis expert dans ce domaine. Je suis suffisamment lucide pour que ma conscience s’amuse de cette prétention et en venir à l’évidence que mes membres sont d’une inefficacité affligeante. L’élégance de l’oiseau est inégalable. Je me

somme de revenir au genre humain, je reprends contact avec mes vides, mes absences. Mon cerveau oublie cette inconsistance, regarde les heures qui s’allongent, prend les armes du peintre, refait le jour en négatif, marque les ombres en blanc. Ce tableau s’anime de scènes où les sons éteints portent haut et forts la parole des oubliés. Charlot pointe sa canne en accusateur, sort du silence du décor, déroge à sa condition de muet, ne pas se taire. Je me

noie dans une mare de culpabilité, un besoin de reprendre souffle me déborde. Cette prise d’air ravive la veilleuse de mon esprit qui m’a trahi pour me replacer au rang des dormeurs insouciants.

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