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Je me souviens

de Nicole Kahan


Ne pas oublier que nous sommes les majestueux et mystérieux protagonistes des lieux où se déroulent nos merveilleux contes et légendes. Oublier les tailles castratrices le long des routes nationales qui nous font ressembler à des mendiants pestiférés tendant leurs moignons vers le ciel.

Ne pas oublier le chant symphonique des oiseaux qui se répondent et annoncent le lever du jour. Oublier les détonations et les aboiements des chiens déchaînés qui nous font trembler et nous inquiètent pour les amis que nous abritons en nos sous-bois.

Ne pas oublier l’été, l’haleine rafraîchissante du vent qui se faufile entre nos branches et nous caresse si délicieusement. Oublier les maladies qui parfois nous déciment et qui deviennent de plus en plus virulentes avec le réchauffement climatique. Ne pas oublier après la pluie, l’odeur si particulière et si agréable des sous-bois et de la terre mouillée. Oublier les feux ravageurs qui de tout temps ont été pour nous source de régénérescence mais qui, aujourd’hui, de par leur nombre et leur magnitude menacent notre survie. Ne pas oublier aux premiers jours de printemps, la fête des yeux que nous offrent les milliers de jonquilles transformant les sous-bois en un magnifique tapis doré. Oublier les affreuses cicatrices que laissent les remontées mécaniques dans nos beaux paysages pour le seul plaisir de quelques-uns quelques jours par an. Ne pas oublier ces parties de cache-cache sans fin où nos arbres remarquables sont les plus recherchés et où l’écho des voix d’enfants résonnent d’un bout à l’autre de la forêt. Oublier les coupes rases qui, tel un champ de bataille, fauchent nos plus beaux spécimens et font disparaître nos différentes essences. Ne pas oublier que la préservation de notre diversité est l’ultime rempart contre les virus et les pandémies. Oublier nos pauvres frères, les Douglas, arrachés de leur pays d’origine et voués à nous remplacer. Bien droits bien alignés et bien dociles, ils sont le fer de lance de la gestion industrielle de rentabilisation de la forêt actuelle. Ne pas oublier que nous sommes indispensables à la vie sur terre et que nous procurons l’oxygène dont l’homme a tant besoin. Oublier que nous ne survivrons pas au réchauffement climatique. Ne pas oublier le plaisir, la joie et le rire des enfants grimpant sur nos branches et nous enlaçant tendrement de leurs petits bras vigoureux. Oublier tous ces désastres énoncés et profitons pleinement de l’instant présent.

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