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Je t’écris de ma terrasse...

de Monique


Très cher ami Je t’écris de ma terrasse avec pleine vue sur une immensité de toits en zinc, parsemés de quelques cheminées rouge brique et surtout plantés d’une armada de mâts en tous genres. Je ne me lasse pas d’imaginer les vies grouillantes, d’écouter les voix qui se répondent. Devant ce paysage définitivement gris et miroitant à la fois, je ne peux que penser à toi. La dernière fois qu’on s’est vu sur le continent tu m’as dit qu’il n’y avait plus de volontaire pour rester sur l’îlot et que vous n’étiez plus que deux pour assurer la relève. Comme tu ne réponds pas chez toi, j’imagine que tu es toi aussi en haut de ta tour avec une vue panoramique à 360° donnant sur une mer moutonneuse virant du brun jaunâtre au bleu profond. Mouvante et changeante, mais de moins en moins fréquentée dans ton secteur disais-tu. Quand tu t’es proposé comme remplaçant en tant que gardien de phare, j’étais persuadé que cette expérience t’éloignerait à jamais de cette vie d’ermite. Nous n’avons pas compris que tu repiques à la chose avec autant d’enthousiasme. Toi si convivial et fêtard, tu nous manquais. Tu rêvais de grands espaces, le monde était à toi, pas de contrainte, c’est du moins ce que tu nous racontais. Moi je doute encore de ces bienfaits de l’isolement surtout aujourd’hui. Tu as beau être un grand contemplatif, les familiarités avec les goélands, les appels amicaux des sirènes, le jeu de saute-mouton des dauphins ne doivent pas suffire à combler le vide des journées. D’autre part les escapades sont très limitées sur ton piton rocheux et tourner en rond dans une tour carrée ce n’est pas la panacée. Quand je vois dans quel ennui me met la situation ici en pleine terre, avec une succession de journées trop identiques à la précédente, je suis à la fois étonnée et admirative de ta résistance et de ta persévérance. Je dois admettre que les carnets de dessins et d’écritures que tu remplis pendant ces périodes sont très inspirants et ne laissent pas la place à la morosité. J’en profite pour te rappeler ma proposition d’éditer ces petites merveilles. Je te rappelle ma position aux éditions d’Ailleurs. Ton art de mêler l’imaginaire et le réel est parfaitement adapté à nos publications. Quand cette lettre te parviendra j’espère que nous serons prêts toi et moi à sortir de notre réserve. Je suis plus que jamais impatient de trinquer à nos retrouvailles. Avec toute mon amitié. Ton ami qui t’attend

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