• Delphine L

Joyeux anniversaires

« Le mariage est l’union de deux personnes, une qui oublie toujours les anniversaires, l’autre jamais. »

de Ogden Nash


« Quelles attentions, tu en as de la chance ! » Combien de fois ai-je entendu cette ineptie dans la bouche de tous et toutes ?

« Quelle lassitude ! Quel ennui ! » Avais-je envie de crier ! Sous le nappage coloré des gâteaux d’anniversaire se cachait l’étouf-fement. Comment transformer ces moments de joie en asservissement ? Comment ces anniversaires sont-ils devenus des jours marqués au fer dans mon esprit ? Tout est devenu pour lui obsessionnel et obliga-toire pour moi. Et plus rien n’a eu d’importance puisque tout était fêté ! De la joie ? Des surprises ? Il ne subsistait rien de tout cela puisque tout événement, toute personne devait être fêté ou enterré, c’était une question de point de vue… La date de notre rencontre, de notre premier baiser, de notre première soirée, de notre première nuit, des naissances de nos enfants, de nos parents, de chaque membre de notre famille, de nos voisins et voisines, des chiens, des chats, des morts ensuite… la liste est interminable !

Je vivais un enfer : je vomissais, eu sens propre, les gâteaux d’anniversaire, je m’évanouissais à la vue de la moindre bougie et j’avais des envies de meurtre à la vue de papier cadeau. Je n’en pouvais plus de cette joie en continu ! Je voulais de la tristesse, je rêvais de dépression mais je ne pouvais même pas espérer une mort quelconque puisqu’à son tour elle serait célébrée.

Combien de fois ai-je visualisé cette scène comme un rêve tant espéré ? Mon mari s’étoufferait en avalant une part de gâteau d’anniversaire, les bougies tomberaient et le feu anéantirait la maison !

Quel soulagement, quelle libération de ne vivre que des jours communs, enfin ! Je n’attendais tous ces anniversaires que pour la seule surprise de le voir mourir !

Mon souhait se réalisa le jour de mon soixantième anniversaire… Mon mari pensant me surprendre, commanda comme tous les ans, un immense gâteau chez le pâtissier. Les bras chargés, il fut renversé et tué sur le coup par une voiture. Il n’y aura plus jamais de gâteaux, de bougies, de guimauve et de chantilly.

C’est aujourd’hui le premier anniversaire de sa mort, le seul que je fête à présent.


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