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Léopold

de Nicole Kahan Léopold n’avait jamais connu sa mère qui était morte quelques mois après sa naissance. Ses relations avec son père avaient toujours été difficiles car ce dernier était un homme distant, froid et réservé. A cela s’ajoutait une stature imposante qui lui conférait une autorité naturelle alors même, que jamais personne ne l’avait entendu élever la voix. Tout le monde reconnaissait que c’était un homme d’une grande exigence envers les autres et en particulier envers lui-même. Il fallait tendre vers la perfection quelque soit ce qu’on entreprenait. Seuls, des efforts illimités permettaient de parvenir à cette perfection et c’est ce qu’il attendait de tous ceux qui le côtoyaient et en particulier de son fils Léopold. Ainsi, dès que ce dernier eut atteint l’âge de quatre ans, il décida d’engager un professeur de piano pour lui enseigner les bases et la technique de cet instrument. Léopold qui était un enfant timide et docile se plia à cet entraînement pour faire plaisir à son père. Il continua pendant des années à suivre des cours de piano trois fois par semaine. Il avait certes du talent et progressait, mais à quel prix. Alors que petit, il avait été attiré par cet instrument, ces leçons devinrent bientôt pour lui un véritable calvaire. Il est vrai que le professeur que son père avait choisi, bien que très réputé, était un personnage d’une grande rigueur, extrêmement désagréable et peu encourageant. Pourtant, dès que Léopold était sûr d’être seul chez lui, il s’installait devant son piano et improvisait des morceaux qui le comblait de joie. Mais plus le temps passait, plus son professeur lui devenait insupportable. Lorsqu’il devait passer des auditions, pour le provoquer, Léopold qui jusque-là avait été un élève modèle, prit un malin plaisir à jouer quelques fausses notes justes avant de terminer un morceau dont l’interprétation par ailleurs avait été sublime. Cela rendait son professeur furieux et il finit par se plaindre auprès de son père. Ce dernier convoqua Léopold dans son bureau et lui signifia d’un ton glacial, qu’il ne tolérerait plus cette attitude d’enfant gâté de la part de son fils. Il ne voulut en aucun cas entendre ses récriminations et refusa qu’il fasse une pause ou que l’on changea de professeur. La mort dans l’âme Léopold repris les cours de piano mais se détacha de plus en plus de la musique qu’il interprétait. Parfois, il essayait de se raisonner et se demandait pourquoi il avait un tel ressentiment envers des personnes qui à priori lui voulaient du bien. Il se rendait bien compte que malgré l’animosité qu’il avait ressenti envers son professeur de musique, il avait quand même beaucoup aimé jouer de cet instrument. Il avait considéré chaque morceau qu’il avait interprété comme une œuvre d’art : une peinture, une couleur, une matière, un paysage, une texture. Mais tout cela n’était plus qu’un souvenir. Il n’avait plus ni le goût, ni le désir de jouer du piano. D’ailleurs, était-il vraiment destiné à être pianiste ou était-ce simplement le désir de son père ? A l’âge de dix-huit ans, Léopold quitta le domicile familial et ne toucha plus jamais un piano, et ce jusqu’à sa mort. Par contre, il devint un très grand peintre dont la renommée internationale n’est plus à faire. « La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit. »

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