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L'été

Monique D. Pourquoi me regardez vous ainsi ? Est-ce la première fois que vos yeux se posent sur moi ? Je vous vois passer le long de la galerie, à la rencontre d’œuvres d'art, sans jamais vous arrêter devant moi. Vous m'auscultez à présent. Ne vous moquez pas, ne me jugez pas. Observez. Venez approchez vous, plus près encore. Je vous convie à un voyage. Je sèmerai sur votre chemin de petites graines qui éclateront de tendresse dans votre cœur. Ce personnage célèbre qu'on dit naturaliste, n'avez-vous jamais entendu parler de lui ? C'est lui qui a fait ce que je suis et bien d'autres encore. Vos mains s'approchent comme si vous vouliez cueillir les fruits qui ornent ma tête. Fermez les yeux. Croquez dans ces grains violets. Leur jus sucré coule dans votre gorge, inonde vos papilles gourmandes. Laissez vous conduire. J'explose de milliers de couleurs chaudes que je veux partager avec vous. Je souris, je ris, n'entendez vous pas ou bien est-ce vous qui riez comme quand vous couriez dans le jardin de votre grand père ? Contre le mur baigné de soleil, le rouge des tomates vous attirait. Vous croquiez à pleines dents dans cette chaire tendre, chaude. Il vous disait « tu as mangé une tomate, coquinette », en essuyant la trace rouge, collante et les pépins sur votre menton. Vous tendiez vos bras pour qu'il vous hisse sur ses épaules. Vous n'aviez plus qu'à attraper les branches basses du cerisier et vous gaver jusqu'à en avoir mal de ces cerises rouge sang gorgées de sucre. Voilà, vous y êtes. Vous avez sept ans, vous êtes heureuse. Cet été là, votre grand père vous confiait ses petits secrets de jardinier. Tous ses trésors ornent ma tête. Revenez me voir. Nous continuerons notre voyage. C'est ainsi que nous avançons, barque à contre courant, sans cesse ramenés vers le passé.

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