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La « cachette »

de Josette Monsieur Kleiman m'a demandé de rester après la classe. Il n'avait pas le visage sévère comme d’habitude. Il avait plutôt l'air ennuyé. En classe, il criait très fort ! Quand il me faisait trop peur, avec mon pouvoir magique… Je devenais invisible. Il ne me grondait presque jamais. C'est Miep et Bep qui étaient toujours punis ! Monsieur Kleiman m'a dit que Monsieur Kugler, Monsieur le directeur, voulait voir mes parents « dès demain si possibles ». C'est rapport que j'étais de plus en plus souvent invisible je crois. « Tu n'écoutes plus ! Je t'ai connu différente au début de l'année… La meilleure élève… Tu adorais lire, jouer, tu riais… J'ai été obligé d'en parler à Monsieur le directeur ! Allez ! Retourne vite chez toi. » J'ai fait le chemin seule tête basse. Les camarades ne m'ont pas attendue. Même Peter, mon cher Peter, qui m'aide à supporter, à oublier, ces choses horribles dans ma tête. Bientôt les vacances seront là, je ne le verrai plus ! Je suis dans la petite ruelle qui mène jusqu'à ma maison. Encore quelques mètres ! J'avance d'un pas prudent, feutré ! La voiture est là ! Sa voiture, la voiture de mon cauchemar ! J'ouvre, sans la faire grincer, la porte qui se trouve au fond du jardin et me faufile, accroupie, jusqu'à la cabane à outils. Cachée, tremblante, je regarde, j'écoute. Mon père, assis sous la tonnelle, verse un verre de vin à Monsieur Van Daan. Ils sont là, tout sourire, mon père montre la bouteille au « sympathique » Monsieur Van daan. Les larmes me viennent aux yeux. J'appuie mon front sur une planche mal clouée, pivotante. L'ami de mon père vide son verre et dit : « elle en met du temps à rentrer ta petite… Je vais lui faire une surprise, nous allons faire une promenade en voiture. Elle adore ma voiture ! » Une colère froide m'envahit. Je me dresse brusquement sans prendre garde au râteau appuyé au mur. C'est ainsi qu'il me virent sortir comme un diable de la cabane, une larme de sang coulant de mon front jusqu'au bout de mon nez. Je me précipitai en hurlant dans la maison et dans les bras de maman. Monsieur Van Daan prit congé un peu précipitamment. Du pas de la porte, redressant la tête, je l'accompagnai jusqu'au portail d'un regard noir. Je n'avais rien prémédité et ma colère avait été mon allié. Je ne me laisserai plus faire ! Plus de promenade en voiture. Et demain, je parlerai.

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