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La campagne frissonne

de Laurence de La Chapelle


La campagne frissonne dans la brume matinale La terre grelotte dans son coussin glacial Le clocher s’éveille et tente une ouverture Il pique de son doigt magique l’azur Mais rien ne se lève, tout pèse Le frimas a étendu, grande, son alèze Le brouillard recouvre mon regard de fatigue Et sous sa couverture, la contrée il endigue Le matin s’épuise, englué dans une ouate Silencieuse la plaine est éteinte et moite Pas un son n’ébruite cet intervalle Un long temps d’ingestion absorbe le val Mes yeux filtrent le paysage avec application Ils scrutent le silence, s’éternisent à l’horizon S’accordent à ce moment de vie endormie A travers un rêve gris d’hiver endolori Je discerne en premier plan les bosquets, Leurs feuillaisons guettent, tremblotantes, à l’arrêt Elles appréhendent le temps. Hésitant à poindre, Les bourgeons agglutinés tardent à se disjoindre D’ahan, l’arbre relève sa tête et observe Un châle blanc lui sert de minerve Que va faire la brume, peut-être obtempérer Dissoudre ce qui lui sert de cache-nez S’ouvrir au jour pour aérer leurs poumons  Ou s’éterniser par vaux et par monts La condensation s’est fait basse, épaisse, humide Le brouillard a laissé ses dépôts perfides, Il recouvre de givre la campagne obscure L’humus refroidi se terre et, patient, endure La buée, comme un grésil diaphane et cristallin, Nappe la contrée d’un drap de lin Dans sa couche chenue, elle languit, impénétrable, Figurant dans son linceul un vieillard incurable Elle stagne comme le déclin qui s’endort Et songe, anémiée, à tromper la mort Dans un moment où le masque s’étire Blafard comme l’éternité dans des tons de cire, La nature se tapit sous les nuées incolores, Assoiffées d’ampleur, d’envergure, qui s’étendent, inodores Affadissant le paysage et affaiblissant la vue Dans un rêve translucide, enveloppant, voire inattendu Elles stagnent, se complaisent dans leur léthargie La nature ne sommeille pas, elle languit Elle attend l’instant où la nuée, bannie, Essoufflée, déchirée, suffoquant, de soupirs en inspirs Dédiera son dernier moment d’éternité au zéphyr Avant de s’éclipser, dégradée, diluée par l’astre Dont l’œillade féroce reprendra droit au cadastre.


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