• Sylvie Dumas

La course

La savane était posée comme un tableau. Inerte, implacable. Le soleil arrachait les ombres des arbres et les recrachait de son feu. La sécheresse s’étendait à perte de vue. Quand soudain, on le vit déchirer ce champ de désert à toute allure, frôlant le sol. Son oreille ensanglantée séchait dans l’air comme un éclat de peinture tachée. Il courait à perdre haleine, le cœur dans la gorge, lorsqu'il aperçut le rocher. Dans cinq sauts il sera derrière, submergé par l’ombre. Mais il n’a pas le temps d’y arriver. Un violent coup de patte le transporte loin de son but. Le petit lapin s’écrase sur les herbes jaunes. Les acacias ne bougent pas, les vautours rappliquent, l’heure n’est pas à la béatitude.

Le petit lapin rassemble ses molles pattes sous lui. Il respire, passe sa langue sur son museau, relève des babines, laisse apparaître ses incisives. Ses courtes griffes sont prêtes à agir. Mais sa maigre férocité n’impressionne pas le lion qui s’avance. Le petit lapin tente une esquive, un bond sur le côté, mais une horrible douleur sur son flanc gauche, le terrasse. La mâchoire du prédateur s'approche, son regard haineux salive sa récompense. Alors dans un mouvement rapide, il attrape le petit la…

- Ah non papa, il mange pas le lapin !

- Et si.

- Mais pourquoi il mange pas des bananes ou des ananas. Y’en a plein dans la savane.

- Mais parce que les lions sont carnivores. Il ne dévore que la viande.

- Alors le p’tit lapin va mourir ?

- Heu… nous verrons ça demain. La Grande Ourse brille, il est l’heure de dormir. Bonne nuit Tarzan.

- Bonne nuit papa.

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