• Anne Ballner

La vieille du dessus

Mis à jour : 5 déc. 2020

Cette vieille bique a encore inondé mon balcon. Mes cactus sont noyés, ils ne s’en remettront pas. Je me demande si elle fait exprès ou si elle est gâteuse. Quand je la croise dans l’immeuble, elle me regarde par dessus ses lunettes en levant un sourcil, comme si j’étais ahurissant à ses yeux. A part les cinquante années qui nous séparent, je ne pense pas être quelqu’un de tellement étonnant. Par contre, elle sort plutôt des normes. Grande, toujours très droite pour ne pas dire raide, fichée sur des talons hauts, elle ne sort jamais sans un chapeau. Entre le chapeau et les escarpins, elle est souvent emperlée d’un long sautoir sur en tailleur façon Chanel.

L’autre jour, j’ai trouvé un stiletto rouge dans l’ascenseur. J’ai mis une affichette dans le hall pour que sa propriétaire le réclame. Et bien c’était le sien ! Elle a sonné, pris sa chaussure, comme elle aurait pris le colis des mains d’un livreur, murmuré un merci et s’est éclipsée. Tu parles d’une Cendrillon ! Deux minutes plus tard, elle a sonné à nouveau, m’a tendu un petit papier en me

disant : « Je suis enchantée d’avoir retrouvé ma chaussure. Je vous confie ma recette préférée.

Elle pourrait vous faire du bien, jeune homme. » C’était la recette des huîtres chaudes à la citronnelle. Elle ne peut pas le savoir, mais j’ai fait un jour une intoxication sévère après avoir mangé des huîtres. Je crois que l’on ne se s’entendra jamais.

La gardienne m’a dit que c’était une ancienne professeur d’anglais. J’imagine les générations d’élèves qui ont regretté de ne pas avoir choisi Allemand-Espagnol.

Je ne sais pas trop quoi faire pour mes cactus. Ils représentaient pour moi un rêve de voyage au Mexique. Ce rêve est tombé à l’eau. Il me faut maintenant orienter mon projet vers une zone tropicale pour anticiper la prochaine mousson de cette vielle folle. C’est décidé, je plante des bambous.



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