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Le jour d’après

de Delphine L. « Ils sont là parmi nous, jamais où l’on regarde, à circuler. » Ils nous ont donné l’ordre de partir, nous n’avons le droit qu’à une valise chacun. Nous avons cousu notre signe sur la poitrine : une flèche verte pour les enfants, une orange pour mes parents, une croix pour moi, malade encore depuis la semaine dernière. Les robots ont pris ma température avant de sortir de la maison : je suis toujours contagieuse et ne pourrai les accompagner. Je dois rester sur Terre pour être soignée. Si mon état le permet et si j’obtiens mon laisser-passer, je prendrai le prochain vol pour les rejoindre. Là-bas, sur la Super-Terre, seuls les candidats sains peuvent s’implanter. Chaque habitation est reliée à une caméra thermique qui décèle la température de tous les habitants. En cas de maladie, tout être humain est retiré de son habitat et envoyé sur une exoplanète voisine pour y être soigné. La consommation de viande est interdite, chacun a l’obligation de consommer ce qu’il produit et les compléments sont fournis par gélules chaque mois. Chaque famille est responsable de son stock. Le gouvernement a promis une Super-Terre dépourvue de toute maladie. C’est pourquoi tout contrevenant est immédiatement renvoyé sur Terre. « Nous devons nous montrer responsables », a martelé notre Présidente. Seuls les plus obéissants auront le droit de rester. Les autres habiteront sur Terre, dans la pollution et craignant à chaque instant, la maladie et la mort. Notre préparation a été difficile mais tout le monde a tenu le coup : un entraînement sportif intense, un régime alimentaire très strict et l’interdiction absolue de se toucher. Après deux mois, je les vois partir enfin et leur adresse en guise de signe d’adieu ce baiser qui nous est interdit dorénavant. Je dois rejoindre les furtifs, les malades dont plus personne ne veut dans ce mouroir, où les lits s’alignent par milliers. Les robots s’affairent entre les rangées pour prendre la température et distribuer les plateaux-repas. Ma température est encore élevée, je n’ai pas l’autorisation de rester chez moi en confinement. J’ai bien peur de ne plus jamais revoir ma famille.

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