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Le jour d’après…

Monique L.

Ils sont parmi nous les furtifs, êtres, en métamorphoses incessantes, qui métabolisent pierre, déchet, animal ou planté. En espions permanents, ils se moulent dans le décor, se faufilent sous des formes inattendues. Ils s’adaptent, empruntent l’apparence de ce qui les entoure. De caractères instables, ils tentent tout pour se signaler, ne pas se faire oublier. Il est hors de question de laisser la place vide. Ils agissent par sensations, illusions, voire hallucinations. Ils subtilisent la peau des éléments pour se signaler. C’est la feuille qui caresse une joue, l’ombre invisible qui trouble le champ de vision, le léger souffle dans le cou, juste penché au-dessus présent sans appui, l’effluve subtile évanescent resurgi d’un passé indéfini, le regard d’un tableau qui pénètre au fond de l’âme, la pierre qui dévale pour se figer précisément entre les pieds, l’horloge qui refuse obstinément de passer 15h10. Ils sont tous le signe d’une présence, à nous de savoir celle qu’on attend. Ils avancent masqués. Un jour grenouilles, ils deviennent princes, de citrouilles ils se transforment en carrosses dorés. Ils hantent les contes, se glissent dans les cerveaux de leurs auteurs ; ils ont occupé un temps celui des frères Grimm. Ils s’invitent ainsi dans les petites têtes, s’y installent pour certains le temps de l’enfance, pour d’autres définitivement. Ils marquent leur passage, imprègnent les cauchemars et les rêves, selon qu’ils paraissent loups ou agneaux. Ce que vous croyez être un caractère inné a été en fait façonné insidieusement par ces présences qui vous persuadent d’une force dominatrice inflexible ou à l’inverse d’une docilité soumise. Ces furtifs là habitent des leurres de paradis pas toujours pavés de bonnes intentions. Par lesquels d’entre eux les rois et les reines de nos royaumes ont-ils été bercés ? Ils ont troqué leur place pour des destins plus ambitieux. Au mépris des fées et autres habitants des pages de légendes, ils avancent dans leur réalité, un monde avide dépourvu d’attention pour les nains ou lutins qu’ils écrasent de leurs bottes pour mieux se propulser dans les sphères de la rentabilité. Intouchables pensaient-ils. Ils auraient dû aller au bout de l’histoire. Ils auraient su qu’un tout petit microbe peut devenir tempête et déraciner les plus puissants. Les roseaux, eux, courbent le dos mais ne cèdent pas. Après la tourmente ils seront là debout, en rang, armés de quenouilles, prêts à se défendre. Libéralisme Outrancier Ratatiné Capitalisme Autocratique Vampirisé Alternative Révolutionnaire Espérée Solidarité Exigée

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