• Raphaël K

Le milieu carcéral

Un tout, c’est ce qui a un commencement, un milieu et une fin. La ligne médiane d’une vie est souvent la plus longue. Je ne sais plus qui a dit : » il y a la naissance, la mort et au milieu c’est du remplissage ». La vie est le remplissage entre ces deux points limitrophes ou ces prérequis établis et universels, symboles du commencement et de la fin. Entre ces deux bornes, le milieu où la vie est insérée obtient la part du lion. C’est le moment le plus long. Pourtant on dit que la vie est courte. On a peur de ne pas avoir assez vécu. Le nombre d’années ne détermine pas une maturité ou la plénitude d’une vie. Des vies courtes et intenses révèlent des êtres épanouis et des vies longues, sans engagements, sans passions sont souvent sans reliefs et vides. Mais nous utilisons nos propres critères pour décider si nous trouvons une vie bien remplie ou non. La peur de la mort nous rend craintifs et peu enclins à vivre intensément, et nous admirons ceux qui osent.

Le milieu c’est le présent au centre du passé et du futur. Mais le seul moment réel est le présent. Le passé est derrière nous et le futur ne peut se préparer qu’au présent. Cette représentation avance dans le temps et notre présent deviendra notre passé et notre nouveau présent représentera notre ancien futur, dans une cascade sans fin.

Aujourd’hui, la pleine conscience est mise en avant, et permet de rester dans le moment présent, d’éviter de basculer trop souvent dans le passé ou le futur. C’est un moyen de rester ancré et solide dans son milieu.


Cette nuit j’ai fait un drôle de rêve. Prisonnier dans un camp parmi d’autres personnes, je me demandais pourquoi j’avais atterri dans cet endroit sombre et lugubre. Je n’avais pas de notion du temps, je ne savais pas où se situait cet endroit, en France ou à l’étranger. J’entendais parler un peu toutes les langues. J’avais l’impression d’être conscient de rêver, mais incapable de réagir.

Initié au rêve éveillé, j’entendis soudain une voix un peu plus précise que les autres.

Il me fallut quelques temps avant de réaliser qu’elle s’adressait à moi.

  • Bonjour, tu émerges Frank.

  • « …. ». Je le regardais incapable de prononcer la moindre réponse.

  • Frank tu es avec nous ? Sors un peu de tes pensées et rejoins-nous. On est tous là autour de toi.

  • Je, je, je suis au milieu de vous alors ?

  • « …. ». Un immense sourire éclaira le visage de mon interlocuteur.

  • Je, je suis où ? On est dans quel endroit ? Nous faisons quoi ici ?

  • Oh là là, mais tu n’es vraiment pas dans ton assiette Frank. Ca fait six mois qu’on est dans ce camp. On est en guerre tu comprends. Depuis près d’un an maintenant. Nous avons été faits prisonnier et on nous a enfermés là.

  • Mais en guerre contre qui ?

  • Contre quoi tu veux dire. C’est la guerre des mondes. Les extra-terrestres ont envahi la planète et nous sommes enfermés. Nous devons travailler toute la journée pour fabriquer une nouvelle substance qu’ils utilisent pour soumettre tous les humains.

  • C’est quoi cette substance.

  • Oh elle a un nom bizarre, j’ai du mal à le prononcer, hydroxy chloroquine ou un nom comme ça…

  • Et elle sert à quoi cette substance ?

  • Quand on la respire elle crée un changement dans le comportement des gens.

  • Tu peux m’en dire plus.

  • Tiens sens j’en ai un flacon avec moi.

Je me penchais pour respirer. La fragrance subtile inonda dans un premier temps mes narines, puis soudain j’eus un horrible frisson et mes poils se hérissèrent de la tête aux pieds. Je cherchais aussitôt un moyen de fuir le plus loin possible de cet endroit. Avant d’achever instinctivement mon troisième pas vers la sortie, j’ai vu le sourire amusé de mon compagnon d’infortune Georges, son prénom me revenait comme un flash, avant de ressentir la chaleur des rayons de soleil à travers la fenêtre de ma chambre à coucher.

Ce parfum provoque la peur, c’était bien trouvé ! Mais quel nom déjà ? Et mon interlocuteur, où l’avais-je déjà vu ?

Je m’en voulais d’être sorti de ce rêve sans avoir assez d’informations.


Je me levai pris ma douche et me préparai à aller au travail. J’écoutai les nouvelles : « aujourd’hui le virus se répand beaucoup plus rapidement encore que lors du dernier confinement. Le nombre de mort a dépassé la barre des 40 000 personnes et le nombre de lits restant en réanimation est très faible, voire inexistant. Nous faisons des tris en fonction des arrivées et nous gardons uniquement les personnes en bonne santé, les autres sont sacrifiés car nous n’avons pas les moyens de les sauver ».

Je sortis sur le palier pour rejoindre ma voiture, soudain je sursautai, mon masque, j’ai oublié mon masque ! Je retournai en courant chercher mon masque. Si je ne m’en étais pas aperçu, je n’aurai pas pu rentrer dans ma boîte.

Je travaillai d’arrachepied toute la journée avant de rentrer à la maison manger et retourner me coucher avant de recommencer une nouvelle journée identique à la précédente. Cela me rassurait de rester dans des créneaux de temps et d’activités bien établis.

Ce n’était pas la panacée, mais je réalisais ma chance de ne pas être dans ce camp de concentration dont j’avais rêvé la nuit dernière.

Nous remarquons rarement que nous vivons au milieu de l’extraordinaire. (Paul Coelho)

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