• Monique Derrien

Le vieux monsieur

Louis, il faut que je te parle.

Qu'est-ce qui se passe Louis ?

Ça fait deux mois que tu n'atteins pas tes objectifs.

Tu as des soucis ? Tu veux qu'on en parle ?

Ce n'est pas bon pour la team. On est des winners, des guerriers. On tue et on empoche. Tu étais le premier. Regarde ta maison, ta voiture, tes escapades sous les cocotiers, ce n'est pas rien ! Qu'est-ce que tu veux de plus ?

Va te faire soigner.

Tu as raison.

Louis rangea méticuleusement son bureau. Il prit sa veste et sortit.

Les rayons de soleil le frappèrent de plein fouet tels un crépite-ment de flashes. Il resta un moment surpris, ébloui, se laissant remplir de cette lumière qui semblait chasser d'un coup la grisaille intérieure.

Non, il n'irait pas se faire soigner. Il n'était pas malade.

Il allait se laisser guider au hasard des pas. Prendre son temps.

C'est étrange ces jeunes regroupés qui pianotent sur leurs téléphones et cette maman avec sa super poussette qui court, son enfant protégé derrière un plastic.

Louis avait l'impression d'être dans une autre dimension. Il était comme le témoin de la vie autour de lui et pourtant lui c'était aussi les autres.

Il ne jugeait pas, ne critiquait pas mais cette vision le laissait perplexe.

L'odeur de pain chaud le guida vers une boulangerie. Il huma avec un plaisir enfantin, le goût de la brioche déjà dans sa bouche. Il choisit la plus dorée avec son chapeau tout rond. A quand remontait ces petits cadeaux tout simples qu'on se fait à soi-même ? Tout à son questionnement, il buta contre une jolie jeune femme. Confus, il s'excusa.

Ce n'est pas grave dit-elle avec un beau sourire.

Sa brioche à la main, il pénétra dans un square, choisit un banc, juste en face du bac à sable. Des enfants jouaient, riaient, criaient, se battaient aussi parfois. Et son enfant à lui ? Pas le temps.

Un pigeon plus intrépide le sortit de sa rêverie, la brioche aguichait sa gourmandise.

Un vieux monsieur s'assit près de lui. Ils restèrent un moment en silence. Louis lui proposa la moitié de sa brioche. Le vieux monsieur raconta sa vie, pleine, heureuse jusqu'à la disparition de l'être aimé et puis tout avait basculé, il avait laissé filer la vie, sans lui, sans les autres, en marge, chassé parce que pas conforme, pas aux normes.

Louis écouta ce vieux monsieur avec beaucoup d'émotion. A quand remontait la dernière visite à son père ?

Il remercia le vieux monsieur de sa présence, fouilla dans sa poche, en sortit un jeu de clés qu'il mit dans la main du vieux monsieur.

Elle est garée juste là dans la rue. Vous appuyez sur ce bouton et vous la verrez.

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