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  • Josette Levot

Les oiseaux peints

Il y a une douceur dans l'air, le soleil est là, comme derrière un filtre, déjà moins de lumière, encore un peu de sa chaleur : l'automne s'installe. Les arbres résignés, se parent de rouge et d'or avant le grand sommeil. Les hirondelles se posent, juste un moment, un long voyage les attend…

Deux oiseaux noirs, blottis tendrement dans un parterre de fleurs naïves, des lianes entrelacées qui glissent et montent. Deux papillons qui se poursuivent…

Ces oiseaux, sur le papier peint de ma salle d'étude, j'ai eu loisirs et plaisir à les contempler des heures et des années durant.

La pension pour jeunes filles du lycée de Reims avait été aménagée dans une maison bourgeoise.

Mon père m'avait accompagnée après un long voyage en autocar, pour m'installer la veille de la rentrée scolaire.

Nous habitions à la campagne, notre espace de jeux était vaste, bois et étang, mais il n'en allait pas de même pour notre maison, une ancienne « fermette », de trois pièces plus un grenier aménagé dans laquelle il fallait cohabiter avec six frères et sœurs ! Il fallait

partager l'espace !

Ce que je vis en premier, la cour pavée, fermée d'une haute grille, sans un brin d'herbe, me fit l'effet d'arriver dans un autre monde. Un large escalier avec balustrade, majestueux, menait à l'entrée, et nous imposait de lever la tête pour voir le bâtiment. Je n'avais rien vu d'équivalent ! Si peut-être : la gare dans laquelle nous avions acheté nos billets ! Le hall d'entrée était à peu près aussi grand que toute notre maison. Une jardinière en demi-lune, de marbre blanc et plantes vertes, attestait des heures de gloire passées de la maison.

Chaque pièce, ma chambre, les douches au sous-sol, le dortoir des «deuxièmes année » me laissait sans voix ! Plafonds hauts de 3 m, fenêtres à l'avenant… Rien ne m'avait cependant préparé à la visite de la salle d'étude: quatre côtés ; un, tout de baies vitrées ;

que nous découvrions d'entrée ; face à lui, un mur de miroir qui rivalisait d'éclat avec les fenêtres en vis-à-vis.

Quand je vis les papiers peints des deux autres côtés, j'eus l'impression d'entrer dans une serre ou une volière. Des lianes entremêlées, des fleurs et surtout des oiseaux, posés

tendrement, une ode à la nature qui m'avait vue grandir et, je le pressentais, allait me manquer.

Mon regard croisa celui d'Adélaïde, la surveillante qui allait m'accompagner toutes les soirées d'études mais aussi les week-ends.

Je pense qu'elle a vu mon émerveillement puis, mon désarroi. De ce premier regard, naquit une complicité qui se consolida au cours des trois années de pensionnat. Nul besoin de parole entre nous. Quand elle me voyait « rêver » devant les oiseaux peints, elle descendait de son estrade, déposait un livre sur mon bureau, m'indiquant d'un doigt le paragraphe à lire : des extraits courts, empreints de naïveté de candeur qui faisaient naître un imperceptible sourire sur mes lèvres. Elle le guettait, le rendait, complice. Ses sources

littéraires étaient inépuisables. Ses auteurs me parlaient, Alfred de Vigny, Maurice Genevoix, Victor Hugo, Guy de Maupassant…

Je pense à elle avec tendresse et émotion, de ces longues soirées qui me firent entrer dans le monde merveilleux de la lecture.

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