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Mon palier à Montpellier

Mon palier à Montpellier, c’est celui où j’ai atterri, un soir venteux, en suivant une vieille dame. Vêtue de façon extravagante, elle me ressemble me disais-je : habits d’hiver dépareillés, bonnet de montagne, foulard en forme de paon, avançant nonchalamment, comme si elle narguait le soleil, se contrebalançait de ceux venus, cet été là, louer les appartements des derniers étages. C’était l’annonce que j’avais repérée, quelques jours avant, en rôdant dans ce quartier de Montpellier. Immeuble futuriste, 3 avenue du Montcenis, appartements à louer, 20èmeétage, vue imprenable; cela va attirer, au prix fort, ceux qui imaginent trouver un lieu des plus originaux, être les seuls près du ciel et des oiseaux. Ne quittant pas des yeux la vieille dame qui se dirigeait vers l’entrée de l’immeuble, je vis voleter, à sa hauteur, des plumes d’oiseaux s’échappant de son volumineux sac à main, comme un duvet d’un oreiller percé, puis virevoltant, emportées par de brusques rafales de vent ; sûrement pas un temps à coucher dehors. Du duvet, me disais-je, abondance de duvet, moi qui cherchais simplement un lieu où dormir. Donnez moi un peu de votre duvet, m’entendais-je dire à voix basse. La vieille dame se retourna, un instant, vaguement attentive aux doux sifflements d’oiseaux que j’émettais malgré moi, ceux-là même que j’entendais, imitais chaque nuit sur les bancs des parcs, toujours en quête d’abrisprovisoires. Mon chapeau troué, ma redingote tachée, mon air de rôdeur, n’avaient pas effrayé la vieille dame qui juste avant de s’enfiler dans l’immeuble, me scruta d’un air attendrissant. Je m’appelle Lori, me dit-elle, en me laissant entrer, tout en désignant à mon attention, sur le palier de son rez-de- chaussée, une porte entrebâillée, une pièce vide, sentant un peu le renfermé, une odeur de serre- chaude. Vous y serez mieux que dehors, précisa-t-elle, simplement, avant de s’en retourner. Le voilà mon nouvel abri de fortune ! J’avais bien flairé la bonne piste. C’étaient les sifflements qui l’avaient intriguée, et même charmée, me dira-t-elle plus tard. Le matin suivant, elle m’ouvrit sa porte. Des reproductions géantes de tableaux du Douanier Rousseau tapissaient son unique pièce : plantes exubérantes, foisonnement de vert, multitudes d’oiseaux exotiques. Tout d’un coup, du fond d’un grand tiroir d’une commode anglaise, s’envolèrent, juste l’instant de se poser au creux de son épaule, deux tout-petits inséparables. C’était là, au rez-de-chaussée, son nid, son lieu de rêve, loin de celui des locataires d’un été, des plus hauts étages de l’immeuble. Pour moi, le vagabond que j’étais, un peu squatter en mode damoiseau, ce fut, le temps de quelques nuits, avec ma voisine de compagnie, mon palier à Montpellier.

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