• Delphine L

Mon vœu le plus cher

Mon souhait le plus cher : partir loin. Le Japon peut-être. Nous en avions souvent parlé ensemble.

C’était un rêve pour nous deux.

Enfin je vais bientôt sortir, avec une remise de peine. Toutes les attestations des gardiens sont allées dans ce sens : recouvrer rapidement ma liberté. Il faut dire que le confinement et la pandémie ont aidé. Bien plus débordé.e.s encore, les juges sont allé.e.s dans ce sens. Mon calme, ma sérénité, ma tristesse infinie, mon absence de ressentiment, tout dans mon discours qui n’a jamais changé, a appuyé ma demande. Et le doute, l’absence criante de preuves et la disparition brutale et toujours inexpliquée d’Alice ; tout concourt, depuis le début à ma libération.

Il n’y a jamais eu un geste, un mot de ma part qui aurait pu prouver le contraire. Même quand le passé d’Alice a éclaté au grand jour, la succession de ses aventures avant notre union et même cette histoire de revenge porn pour laquelle elle avait porté plainte contre son collègue ; rien n’a ébranlé mon discours face à la presse, sa famille, la justice.

Je savais tout cela, je le répétais inlassablement, Alice ne m’avait rien caché. C’était le passé et notre amour venait mettre un terme à ces aventures. Alice était une femme sereine et heureuse maintenant.

Elle s’était d’ailleurs, peu après notre rencontre, métamorphosée. Elle avait coupé ses longs cheveux, avait troqué ses robes pour des vêtements plus décontractés. Nous avions ensuite choisi ensemble

cette belle demeure à retaper, certes et un peu éloignée de tout le monde mais ouverte pour accueillir la famille et les ami.e.s. Et puis, Alice a ressenti le besoin de se poser un peu, elle voulait

s’occuper de la maison et par la suite, d’enfants que nous voulions. Mon salaire nous suffisait avec quelques restrictions cependant, concernant nos sorties. Mais nous les avons acceptées et Alice a

arrêté de travailler. Nous étions heureux.

Bien sûr, la campagne et l’éloignement pesaient certainement sur les épaules d’Alice mais elle n’en parla à personne et pas à ses parents qu’elle ne voulait pas inquiéter maintenant qu’elle les voyait si

peu. Je sentais bien que de plus en plus souvent, son sourire disparaissait de son visage, certainement avec ces fausses-couches répétées... Je la laissais me faire des reproches et fuyais les

conflits. Je déteste la violence, comme je l’ai toujours répété à la police et aux juges. Je travaillais dur pour nous deux.

Je savais que rien n’empêcherait la police de me soupçonner tout d’abord et je savais aussi que rien ne prouverait mon lien dans sa disparition. Ni les policiers, ni ses parents n’ont pu obtenir la moindre preuve de ma culpabilité mais leur acharnement m’a conduit dans cette prison. Comment aurais-je pu leur en vouloir alors que leur fille unique avait disparu sans le moindre mot, la moindre

explication, la moindre raison ? Je n’ai pas pu me battre, j’étais anéanti aussi et à bout de forces.

Mais aujourd’hui, la liberté est devant moi et je veux partir, partir loin.

Je passerai, tout de même, une dernière fois, dans la forêt de M*, saluer mon cher amour qui y repose définitivement.

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