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Monsieur le directeur,

Dernière mise à jour : 18 août 2022


Moi, Souleymane N’Dyay, j’aurai pu, moi aussi, porter un costume trois pièces, une chemise immaculée, une cravate sombre et arriver chaque jour au volant d’une Mercedes rutilante. Le voiturier se serait précipité la casquette à la main, en signe de respect et m’aurait ouvert la portière l’échine courbée, son regard fuyant le mien par crainte de mes colères légendaires.

J’aurai franchi les quelques mètres me séparant de l’entrée principale de L’Okoumé Royal palace, tel le récipiendaire d’un oscar au festival de Cannes, l’air faussement décontracté, cherchant à provoquer admiration et envie dans le regard des autres. Je n’aurai cependant pas perçu le profond dédain, l’indifférence et le mépris qu’inspirait ma présence.

J’aurais terrorisé avec délectation mes employés, du jardinier au maître d’hôtel, personne n’y aurait échappé. J’aurai fait pleurer les femmes, plier les hommes en exigeant toujours plus. Je me serai séparé des plus récalcitrants sous de faux prétextes. Seuls auraient eu grâce à mes yeux les plus soumis, ceux qui n’auraient pas hésité à vendre père et mère pour me satisfaire, ou pour dénoncer sans vergogne les moindres faits et gestes du personnel.

Et vous, si vous aviez été à ma place, qu’auriez-vous fait ? Pendant combien de temps auriez-vous encaissé sans broncher les vexations quotidiennes, Vous seriez-vous attendu à ce que l’on vous jette à la porte comme un malpropre pour avoir renversé du vin sur une nappe immaculée ? Mais vous ne serez jamais à ma place car nous ne sommes pas du même monde.

Pourtant, nous avons un point commun, la boxe ! Vous la pratiquez, moi aussi. Nous avons fréquenté les mêmes entraineurs, les mêmes rings, alors acceptez le défi que je vous tends : venez combattre. Battons-nous sur un terrain ou nous serons égaux, ou les faux semblants ne sont pas de mise.

Je vous attendrai chaque soir, à 21h à la salle Karl Marx pendant une semaine. Vous trouverez facilement, elle se trouve au 12 allée des hibiscus, tout près de l’hôtel. Si je gagne, vous me reprenez à votre service, si je perds je m’efface de votre vie.

La rencontre n’a jamais eu lieu, personne ne s’est présenté à la salle de boxe. Souleymane a retrouvé du travail et continue à s’entrainer le soir 12 allée des hibiscus. Il se dit qu’il est pauvre mais heureux. Il caresse parfois le rêve de rencontrer sur le ring son ancien patron.

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