• Raphaël K

Par une nuit d’hiver, un voyageur…

Mis à jour : mai 26

C’est la nuit, il gèle, il est fatigué. Chacun de ses pieds disparaît dans la neige en touchant le sol et réapparaît un peu plus humide et froid. Il traverse cette grande forêt depuis un temps infini. Tout semble irréel et magique; il a l’impression de vivre un rêve éveillé. Lui, c’est le chevalier de sable, il vient du château des destins croisés. Ermite furieux, il est originaire des Antilles, près de la mer des Caraïbes ; il sort de sa solitude pour rejoindre Esméralda, l’une des sept cités invisibles.

Chevalier sans monture, alchimiste et adepte de la sorcellerie, il savoure le charme de cette traversée malgré la lassitude. Il se fraie un chemin et bouscule les branches enneigées. Elles réagissent à sa brutalité en éparpillant des volutes neigeuses. Il arrive trempé à l’orée de cette forêt. Devant lui se dresse Esméralda la

cité des oiseaux.

Elle ressemble à une grande cage où les barreaux sont lumineux et se

projettent comme des gratte-ciel. Là-haut, dans la voie lactée, les étoiles semblent bouger. Mais non, elles sont immobiles, c’est le ciel qui s’agite comme une mer suspendue.

Il est tard et il ne voit pas grand monde. En traversant le premier arceau de la cage, un souffle chaud sèche son corps et ses vêtements. Cela le détend et lui donne une nouvelle énergie. Des lucioles comme des fées minuscules virevoltent dans l’air. Il essaie d’en caresser une et au contact de ses doigts une poussière

lumineuse s’éparpille autour de lui comme un feu-follet. Il se sent d’un seul coup très léger. Il entend une voix dans le ciel Elle semble l’interpeller. Il lève la tête et aperçoit un homme assis sur une branche tout là-haut à plus de vingt mètres. Il a du mal à entendre ses paroles, il est bien trop loin. L’homme lui fait signe de le rejoindre. Il est surpris mais il a une envie irrésistible de s’exécuter. Il ne sait pas comment interpréter cette demande, Il sourit d’un air impuissant, et pour s’amuser simule un vol d’oiseau en battant simultanément l’air de ses bras. A sa grande surprise il s’élève d’abord lentement et maladroitement ; il prend tranquillement de l’assurance et sans efforts il arrive à la hauteur de l’homme. Celui-ci est tout petit, depuis le sol il ne pouvait pas s’en rendre compte. Il mesure à peine une vingtaine de centimètres. Il lui sourit et juste avant de se poser sur la branche pour s’asseoir, il tombe dans le vide. Sa chute est très courte et il ne se fait pas mal en atterrissant… sur la même branche où se trouve le lilliputien. Il se relève lentement, regarde d’un air ahuri ce bout d’homme, et prend sa petite main tendue en signe de bienvenue. Leur poignée chaleureuse le connecte à leur être agit comme une prise

directe sur leur être intérieur. Il est content de ne plus se trouver seul et son nouveau compagnon lui propose de visiter la cité et lui en expliquer son fonctionnement. Stupéfait, il comprend pourquoi il est tombé dans le vide. Ils ont tous deux la même taille.

- Suis-moi dit-il, je vais te montrer les neuf barreaux. Ils coiffent la cité comme une couronne dorée.

- A quoi servent-ils ?

- Ce sont les neuf lettres d’Esméralda.

- Comment on les reconnait ?

- Elles sont gravées à la base des barreaux.

- Pourquoi avoir fait cette construction ?

- Pour expliquer la signification de la ville.

- Et que signifie-t-elle ?

- Allons voir par nous-même. Suis-moi, dit-il en s’élançant dans les airs. Le chevalier hésite un peu avant de se jeter dans le vide, mais prend sa suite et s’envole prestement.

- En langage des oiseaux chaque lettre à une signification et l’ensemble correspond à la quête du bonheur.

- Comment le bonheur peut-il être représenté par une prison ?

- C’est une prison dorée. Rien ne t’empêche de franchir ces barreaux.

- Tu veux dire que si je les traverse, il ne m’arrivera rien ? Je pourrais poursuivre ma route sans soucis ?

- Tu pourras continuer ta route comme avant, dans le même état où tu

étais en arrivant, sauf que tu ne te souviendras plus de ce qui s’est passé dans la cité.

- Je ne me souviendrai plus de toi et de la ville ?

- Non et tu ne te souviendras plus d’avoir volé et d’être devenu un petit être humain.

- La cité aura disparu de mon cerveau comme si je n’y avais jamais mis les pieds ?

- Exactement et tu oublieras tout.

- Tu as toujours vécu dans cette cité ?

- Non j’étais de passage comme toi pour me rendre dans le Nord.

- Et ça fait combien de temps ?

- Dix ans.

- C’est un long passage ! Pourquoi restes-tu ?

- J’ai rencontré une femme peu de temps après mon arrivée.

- Et vous êtes devenus inséparables.

- Les premières années oui, jusqu’à sa disparition l’année dernière.

- Elle a disparu comment ?

- Elle a fait un mauvais atterrissage.

- Quelle tristesse, mais alors plus rien ne t’oblige à rester ?

- C’était les plus belles années de ma vie.

- Et tu ne veux pas les oublier !

- Non, c’est comme si je perdais ma vie.

- Je ne vais pas traîner alors si je veux rester de passage.



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