• Martha Lavoue

Pluie de grenouilles

Mis à jour : avr. 28

J’habite la petite ville de St. Bernard-de-Comminges dans les Pyrénées orientales depuis ma retraite il y a quelques mois et j’y suis bien. Tous les matins j’ai pris l’habitude de passer par le petit café sur la place centrale, le Petit Beurre, ou je prends un petit noir et je mange un croissant bien chaud. J’écoute aussi les discussions, les ragots, les nouvelles. Hier matin, je parcours le journal du coin, La Voix des Pyrénées (titre un peu ronflant pour un journal local) et voit le gros titre du jour :

INVASION MONSTRE DE GRENOUILLES SUR LA COMMUNE !!!

Je commence à lire et vois qu’une situation inédite s’est produite pendant la nuit – on aurait dit qu’une pluie de grenouilles s’est abattue juste à la sortie du village ! Des milliers des petites créatures sont arrivées en masse, se faisant écraser sur la route par centaines, d’autres réussissant à traverser jusqu’au cours d’eau fraîche de l’autre côté du départementale, vers le Bois du Loup Pendu.

Je ne suis pas le seul à avoir vu le journal, bien sûr. Ça discutait dur autour de moi ! Les premiers, d’esprit plutôt écolo-scientifique (et par ailleurs pro vaccin anti-Covid), cherchaient une explication logique. Plusieurs ont émis l’hypothèse que la pléthore d’amphibies était le résultat de la fermeture de la grosse ferme d’élevage de truites en amont du village, qui laissait échapper régulièrement des alevins, ces derniers en grandissant devenant des prédateurs féroces des grenouilles. (J’ai appris qu’il s’agissait du rana pyrenaica, découvert au pays Basque en 1993 et en danger de disparition, mais c’est anecdotique à mon histoire.) Moins de truites, plus de grenouilles, en cette saison de reproduction printanière, c’était Q.F.D. Michel B., toujours à rajouter son grain de sel, pensait que non, ce n’était pas une explication suffisante car l’agriculture du coin avait bien privé ce pauvre rana de son habitat depuis belle lurette.

De l’autre bout du zinc, Yvette G. (75 ans, grenouille de bénitier celle-là) contredisait ces explications rationnelles. La pluie de grenouilles était certainement due à la colère de Dieu !

Tout comme la pandémie récente (elle était aussi anti-vaccin, évidemment). Ce phénomène ressemblait trop aux fléaux visités aux Egyptiens décrits dans la Bible disait-elle.

A ma surprise, j’ai entendu une troisième opinion formulée par un petit groupe qui en fait se foutait royalement de la raison derrière cette pluie exceptionnelle. Là j’ai découvert l’existence de l’étrange « Société de mangeurs de grenouilles ». C’est composé surtout, j’ai pu comprendre, d’anglais échappés du Royaume Uni à la recherche d’une nourriture gourmet. Ils semblent prendre très littéralement leur titre et paraissaient tout à fait ravis de

savoir qu’un met délicieux se présentait à la portée de main. Ils n’auront qu’à se baisser pour les ramasser (enfin, les moins écrasés, bien sûr).

A force de discuter et d’argumenter, un petit comité s’est formé, avec des représentants de chaque opinion. Ils se sont mis en route pour aller voir les dégâts. Je les ai accompagné par curiosité. On a marché longtemps mais on n’a absolument rien trouvé. Certains se sont éclipsés, tête basse, honteux que l’on se soit joué de leur crédulité. D’autres, dont moi, ont carrément éclaté de rire. Le journal était daté du 1er avril, et c’était, évidemment, un gros

poisson !



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