• Monique L

Prise de conscience

Le monde allait cahin caha alimenté d’inquiétudes et d’espoirs, de conflits et d’apaisements, de calme et de tempêtes, une succession de contradictions portées par une humanité éclatée. Le balancement aurait pu être plus doux à l’image de l’alternance des saisons. Mais c’était sans compter sur la suprématie de l’Homme qui s’est octroyé le droit de jouer avec les éléments. Dans le rôle de l’apprenti sorcier, il trafique son univers pour le mettre à son service. C’est ainsi qu’il comprend le principe d’adaptation et justifie les besoins d’innovations toujours renouvelées sourd aux conséquences sur les autres vies.

Il est temps de fragiliser ce puits de science et de l’éveiller à la conscience de l’autodestruction.

C’est dans cette amorce de chaos que j’interviens.

Discret par nature j’ai moi aussi le talent d’agir en sous-main. Vivre caché fait partie de ma devise.

Jusqu’à présent je me satisfaisais de ma situation. Mais lorsque la folie passe aux commandes, le signal est donné. La façon dont je suis sorti de ma réserve est de l’ordre du secret. Les grands esprits s’interrogent sur l’intervention d’une main malintentionnée ou sur une pratique alimentaire incongrue. Peu importe, je suis là. Par nature je suis né pour envahir. A moi de trouver l’hôte idéal

qui m’accueille et m’offre les conditions favorables à mon développement.

Cantonné pendant longtemps dans des corps familiers, j’ai eu l’opportunité avec l’aide du pangolin de passer à un niveau supérieur. Au-delà du prévisible j’ai pu profiter des travers de la modernité : voyager incognito, traverser les océans, connaître des populations industrialisées jusqu’alors inconnues ; changer d’hôte par simple passage entre des mains adeptes de la frénésie de la

consommation.

D’un statut d’invisible jusque-là sans intérêt particulier je passe au rang de préoccupation majeure affaiblissant tous les autres événements. Ma destinée est à son summum.

En un temps record l’espèce dominante est prise en défaut de compétences. Bravaches au début, les plus grands assurent leurs compatriotes de leur maîtrise de la situation. Cependant face à ce qu’il faut bien reconnaître être une invasion sans frontières, les peuples se rejoignent dans leur impuissance. Et comme ils ne peuvent pas m’écraser du pied, ce sont eux qui se retirent. L’isolement,

le confinement, l’anonymat derrière les masques, la distanciation deviennent règle universelle.

La nature respire, reprend une place confisquée. L’Homme reconnaît un environnement oublié, écoute le silence, s’habille de bonnes intentions pour réviser ses ambitions. A ce stade, je suis assez

fier de ma bonne action.

Mais l’histoire s’étire, les idées se lassent, les rêves de retour à la normalité sont en éveil.

Pour l’instant, je sens que l’ambiance est plus dans la résistance que dans la cohabitation. Je comprends c’est humain. Ce qui m’inquiète c’est que la leçon n’est pas totale. Certains en profitent.

Au nom d’une assurance vie, ils développent des stratégies lucratives incontournables aux yeux des démunis.

Cependant je suis imprévisible dans mes formes changeantes. Alors, avant qu’il ne soit trop tard, pour que la prise de conscience ne soit pas éphémère, je m’incruste et invite mes cousins, avec le

secret espoir de secouer suffisamment les intelligences pour qu’elles s’impatientent et rééduquent le chasseur cueilleur pour reprendre sa place d’espèce au milieu de milliard d’autres non pensantes parmi lesquelles il devra savoir s’adapter avec le temps.

Ce fut une belle rencontre qui j’espère portera ses fruits.

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