• Josette Levot

"Rabolliot" à la façon de Maurice Genevoix

Ah ces longues nuits d'automne... La grande paix vigilante des nuits... L'épaisseur duveteuse de l'édredon a tenu ses promesses. Je me blottis dans un cocon de chaleur.

Une chouette chevêche passe au-dessus du toit, étirant son grincement de girouette.

Une nuit sans lune.

Un claquement d'ailes d'une poule qui s'ébroue sur son perchoir annonce les premières lueurs de l'aube.

On s'active en bas. Le tisonnier fouille les braises. Ça mijote déjà dans la marmite noire de feu.

Jean a suivi les coulées boueuses à travers les herbes du verger. Il a observé sous l'ombre du grand pommier un déboulé de lapereau à queue blanche. L'affaire était conclue :

Graisser un fil d'acier.

Les mains de persil frottées.

Pour tromper l'odorat du gibier

et...

Une bonne gibelotte

Lapin, vin et échalotes

Quelques rondelles de carottes.

Un ou deux champignons.

Peu, pour que ce soit bon.

Car la bonne cuisine

C'est quand les choses ont

le goût de ce qu'elles sont.

Je m’achemine

Pieds nus et chemise de nuit,

Le vieil escalier gémit

Sur la toile cirée

Fume ma tasse de café

Déjà préparées

Mes longues mouillettes beurrées...

Les pommes sont épluchées

Dans un saladier

La farine, légèrement sucrée.

Eau froide et beurre glacé

En lamelles découpées

D'un doigt, promptement mélanger !

Et en deux tours de main

Plier, presser, plier, presser, étaler.

Il ne reste qu'à dresser.

Les pommes sont épluchées

celles du vieux pommier...


Grand-père s'agite. Il hoche la tête à plusieurs reprises :

« je venais de le planter.

L'obus l'a épargné !

Les racines ont profité

De cette bonne terre retournée

Et de la mare qui s'est formée »

Les quartiers sont coupés, rangés, de sucre saupoudré. Un dernier coup d'œil au fourneau, parfait ! On doit mettre tout son cœur dans la cuisine !

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