• Danièle G

Rebondir

«  Je crois au miracle, je suis un optimiste de la volonté et je

professais qu'à moins d'être totalement mort rien n'est grave »

* Citation de Sylvain Tesson dans «  Une vie à coucher dehors »


Et cette pensée me suit dans l'accomplissement de ma longue vie... bien sûr cette vie fut jalonnée d'échecs et d'épreuves, d'absences et de découvertes, mais jamais au grand jamais les écueils ne m'ont empêché de REBONDIR !!!

Très jeune je me suis engagé dans des expéditions humanitaires car le bien être d'autrui me semblait la clé de ma vie. Était ce la couleur de ma peau qui m'avait conduit à fuir ce racisme ressenti tout petit. Je ne me sentais pourtant pas si différent des autres dans nos jeux enfantins... Souvent je rentrais en pleurs auprès de ma mère pour avoir été traité de « sale petit négro » par ce petit caïd de 10 ans dont j'avais gagné 3 ou 4 billes ! La douceur et l'amour dont j'étais entouré dans ma famille me rendait cette haine incompréhensible ..Je n'ai jamais aimé le conflit et ignorait totalement les mots orduriers qui étaient prononcés à mon égard. Heureusement il y avait François, mon doux ami qui me consolait

fréquemment. Nous établissions ensemble des lignes de fuites, des

voyages improbables et sa chevelure blonde et raide se mêlait à la mienne noire et crépue, pour retranscrire sur papier nos rêves d'évasion .

Notre majorité acquise, nous avons concrétisé ces désirs profonds.

Ce fut d'abord une expédition au Liban qui nous fit prendre conscience des difficultés de notre engagement. Nous nous trouvions en présence de la détresse humaine, de la violence que pourtant j'exécrais... Moi qui détestais le conflit, j'étais fréquemment assailli de doutes et d'interrogations, mais François plus mature dans sa démarche, trouvait les mots et les raisons qui me calmaient. Plusieurs missions s’enchaînèrent dans cette ONG qui nous avait accueillis et avait évalué notre détermination. Ce furent des années heureuses quand j'y songe maintenant au seuil de ma mort… Notre amitié nous portait dans cet engagement humanitaire: nous espérions changer la haine en amour, le conflit en sérénité et même si, parfois l'un de nos deux flanchait, l'autre était là pour le soutenir…

Et puis un drame immense est venu altérer et même détruire une partie de ma vie ! Nous étions alors basés en Afrique, dans une zone désertique où notre camp était établi. Lors de notre jour de congé nous sommes partis découvrir l'oasis situé à une cinquantaine de kilomètres, nous avions besoin de verdure et de fraîcheur... Pourquoi n'avions pas tenu compte de certains avertissements de compagnons plus chevronnés ? Notre jeunesse ? Notre insouciance... ? mais ce fut, quand j'y repense, l'ERREUR de ma vie ! Rien ne fut pareil dans le déroulement de ma longue vie... Nous n'avons jamais atteint cet oasis rêvé, nous fûmes capturés par des miliciens armés et emmenés dans une zone incontrôlée, isolée de toute habitation. Et c'est alors que ma vie a basculé !! Celui qui me parut être le chef, en me désignant du doigt, dit : " Lâchez celui là… Ce négro ne nous servirait à rien. "  C'était la deuxième fois que ce terme m'était

attribué mais cette fois il me sauvait la vie... Je tentais de sauver la vie de François mais mes paroles restèrent lettres mortes et je partis le cœur lourd dans des péripéties que je tairais longtemps .

Toutes nos démarches ultérieures pour faire libérer François, mon ami, n'aboutirent jamais et le spectre de sa mort a hanté mes jours et mes nuits longtemps et même encore les soirs d'amertume.

Bien sûr, j'ai abandonné toute mission humanitaire, je me suis marié, j'ai élevé de beaux enfants comme dans les contes mais une parcelle de moi est restée là bas dans ces confins désertiques où règnent les conflits et la haine...

Mais est ce cela REBONDIR ??



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