• Dominique

Roland Furieux, ermite à Paris

Roland Furieux, ermite à Paris anciennement collectionneur de sable pour villes invisibles aimerait fuir, retrouver la route de San Giovanni et le Château des destins croisés. Réveillé par un cri, il se demande où il se trouve, au Château des destins croisés déjà ? Non. C'est Victor qui dort près de lui. Il vient de faire un cauchemar.

Ils ont été placés dans un établissement de réintégration. On les rééduque ? Non bien sûr ! On leur enseigne l'écologie, les malheurs dus au réchauffement climatique, le respect de la Terre.

Eux sont des résistants refusant d'oublier la vie d’avant.

Le monde a changé trop vite. Roland ne reconnait plus rien. La ville où il est né, la ville où il a toujours vécu où est-elle, qu'en ont-ils fait ? Le législateur, à coups de révolutions et de lois a soutenu par une certaine pression populaire et de nouveaux lobbies a tout transformé. Ce qui compte c'est l'avenir de la planète, la santé des citoyens et leur nouvelle manière de gérer les relations humaines et sociales. Il faut reconnaitre que la nature est plus verte, plus foisonnante, que l'air que l'on respire est plus pur. Fini les problèmes respiratoires. Se promener au bord de l'eau est un véritable plaisir. Elle est devenue transparente, on peut même admirer les poissons.

Bientôt, on pourra boire l'eau de la Seine, les différentes instan-ces arrivent au bout de leurs expériences.

Roland regrette surtout les bateaux disparus, péniches et autres, la fin du rêve.

Lorsqu'il était assis avec Victor, sur les bords de la Seine, fumant une cigarette et dégustant leurs canettes de bière c'était le bon temps, impossible aujourd’hui. En plus des bateaux, fumer et boire de l'alcool sont interdits par le ministère de la santé.

Plus un bruit, c'est désarmant le silence partout. Les voitures à usage privé sont interdites. Seuls sont autorisés taxis électriques, vélos, engins électriques de tous genres envahissant la chaussée. La loi autorise quelques véhicules diesel ou à essence mais ce sont les camions de livraison pour le réapprovisionnement des citoyens.

Régulièrement, des manifestations plus ou moins autorisées célèbrent le triomphe de l'homme sur le réchauffement climatique.

Tout est mis en place pour construire un monde équilibré, responsa-ble, équitable dans une société ayant gommé toute différence.

Roland et Victor se demandent si ce qui est bon pour la planète est aussi bon pour l'homme ? Ils ont le sentiment de vivre dans une société schizophrène, raison pour laquelle, ils se retrouvent dans cet établissement de réintégration citoyenne.

Avant d'arriver là ils ont payé des amendes mais ce qui a causé leur perte c’est l’abandon de leur téléphone. Excédés, ils les ont brisés d'un coup de marteau. On ne peut pas se débarrasser de son téléphone, sinon comment contrôler la vie de la cité ? La quantité d'eau utilisée par chacun ainsi que d'électricité, la gestion de la

santé, les allées et venues, tout y est inscrit. Ils s’inquiétaient également du devenir des batteries et de l'exploitation des terres rares. De cela personne ne parlait plus.


Roland se demande ce qu'ils vont devenir. Avec son pote Victor Ils préfèreraient être déportés vers une île déserte du Pacifique ou d'ailleurs où le monde est grand ! Mais comment y aller puisque la navigation aérienne si elle n'est pas interdite reste très contrô-lée. Quelle galère !

On les enverra, probablement, vers un centre de recyclage car plus rien n'est jeté, tout est transformé. Le système est très perfec-tionné, très efficace.

On ne peut plus glaner ni faire les poubelles, tant pis pour ceux et celles à la recherche de nourriture. Avec les matières recyclées, ont fait des tissus qui grattent un peu. Fini le temps de la soie, de la laine et autres matières. Les associations de militants véganes, antiscpestises, animalistes et autres ont mis leur véto.

Le monde est devenu fou. Roland passe sa main dans sa chevelure blanche, sa crinière comme il dit qu'il vénère et entretient avec grand soin. ll doit en profiter, le projet de raser chaque citoyen est en cours d’étude, l'entretien des cheveux longs reconnu préjudiciable au bilan carbone.

Où est l'humain dans tout cela ? se demande Victor !

Tu as raison Victor, dort, dort ! C'est sûrement un cauchemar.

Et quand on leur demande s'ils craignent que "les échafaudages" qu'à peine retirés, la ville se mette à craquer et tomber en morceaux, ils ajoutent très vite, à voix basse :

"Pas seulement la ville…"

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