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sans titre

de Nicole K.


Je n’en peux plus ! J’étouffe dans cette cachette. J’ai vraiment besoin d’aller marcher le long de la plage, d’écouter le bruit des vagues, de sentir le sable sous mes pieds. Tant pis ! Je sors ! Advienne que pourra ! Je sais que Maman et Papa seront furieux mais je n’ai plus l’âge de leur obéir. Au diable toutes leurs recommandations ! De toutes les façons, ils sont vieux et ils ont peur de tout. Mais c’est vrai je dois être très prudent. Je ne dois pas me faire repérer. Tiens ! Cela me fait penser à mon ami Peter. Enfin ami, c’est un bien grand mot ! Peter, lui, il a une chance de cocu. Il fait n’importe quoi et rien ne lui arrive. Je crois que je suis jaloux de lui, c’est pour cela qu’il m’énerve ! A ma place, il ferait exactement la même chose et rien ne lui arriverait. M. Kugler, notre patron, il dit toujours que Peter est formidable, qu’il est poli, qu’il est serviable, qu’il fait tout bien et patati et patata et que c’est pour cela qu’il a toujours de la chance. Bon, maintenant j’arrête car M. Kugler, lui aussi il commence à m’énerver ! Toujours à jouer le bon samaritain. Il croit encore que le monde est juste et que le bien vaincra du mal. Quelles foutaises ! Allez ! Assez cogité comme ça, je quitte cet endroit pour de bon ! Maintenant que je suis dans la rue, j’ai intérêt à faire gaffe ! Ah ! Merde ! Voilà M. Van Doan qui arrive ! Il ne faut pas qu’il me voit. Vite, sous la porte cochère ! Ouf ! Il est passé sans me remarquer. J’vais passer par les petites rues de derrière, il y a moins de monde et j’arriverai à la plage par la vieille passerelle en bois à moitié pourrie et que plus personne n’emprunte. Ce sera plus long, c’est sûr. Ah ! Enfin, m’y voilà, j’ai réussi ! Il n’y a personne à cette heure, c’est super ! Bon, j’enlève mes godasses. Oh la la ! Que c’est bon ! Le sable encore chaud, la caresse du vent, l’odeur de la mer, le goût du sel… Toutes ces sensations que je retrouve. Ah ! Mais voici un jogger qui se dirige vers moi. Vite, je mets ma capuche, je regarde la mer et je fais comme si j’admirais le coucher du soleil à l’horizon. Je jette quand même un coup d’œil sur le côté, mais… on dirait que c’est Miep. Qu’est-ce qu’il peut bien faire ici ? J’espère que ce n’est pas Maman qui s’est aperçue de ma fuite et qui l’envoie. Bon ! D’accord ! Miep c’est un gars plutôt sympa, mais il n’a pas intérêt à venir m’emmerder. Je ne l’ai pas vu depuis plus d’un an et il n’est pas sensé savoir ce qui m’arrive. Je me demande s’il m’a reconnu ? Mais c’est bizarre ! Il s’arrête… il se retourne en pivotant sur lui-même… et il prend la direction inverse. C’est vraiment bizarre ! Mais tant mieux ! Finalement, moi aussi j’ai de la chance, comme Peter ! A présent la plage est complètement déserte et le soir commence à tomber. Oh ! Que je suis bien ici ! Que c’est bon ! Je m’élance, je crie, je chante, je cours et je m’éclabousse. Je suis heureux. Ça y est ! C’est décidé ! Je ne retourne pas dans ma cachette. C’est fini ! Et puis, tant que j’y suis, je vais me baigner. Que c’est agréable ! La température de la mer est un peu plus élevée que celle de l’air, j’ai l’impression de rentrer dans un bain chaud. Je nage, je nage maintenant vers le large. Quel sentiment de plénitude et de bonheur ! Cela fait un moment que je suis dans l’eau et je commence à fatiguer. Allez, sur le dos maintenant, je fais la planche c’est plus reposant. Je peux voir les mouettes comme ça, elles tournoient dans le ciel bleu et cela me fait penser à la cravate bleue de M. Kleiman. Ah! Celui-là, sous ses airs si dignes, c’est lui le salaud qui m’a accusé du meurtre de sa sœur. Sa sœur, oui, je la connaissais bien. Oui, je l’ai parfois tabassée pour qu’elle me donne de l’argent, mais c’était normal. Elle était pleine aux as et je sais qu’elle avait un petit faible pour moi, alors oui, c’est vrai, j’en ai profité. Mais de là à la tuer ! Ça ! Jamais ! Maman voulait que je me rende à la justice puisque j’étais innocent, mais la justice c’est pas pour moi. Je n’ai pas confiance. Je sais que je serai condamné à la perpétuité si je me rends. Alors je vis caché comme une bête aux abois. Ma cachette, c’est comme une prison et cela ne peut pas continuer comme ça ! Tiens, les vagues sont de plus en plus hautes et on dirait que le vent se lève. Le soleil s’est couché et l’obscurité s’installe. Je suis toujours sur le dos et je commence à avoir froid. Je me laisse porter par les vagues et je vois les premières étoiles scintiller dans le ciel. Quel bonheur !

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