• Raphaël K

Souffler dans un violon

Alpha du Centaure, la sixième planète de la galaxie des Estournelles. Celle où brillent trois soleils. Pourquoi trois ? C’est bien la question ! Le vaisseau s’approche du sol couvert de cratères mouvants qui explosent comme des bulles de lait avant

d’entrer en ébullition. Le sol est sableux, aucune végétation n’apparait à l’œil nu. Le vaisseau s’immobilise et Frank enfile son scaphandre pour aller explorer cette planète inhabitée. On lui a demandé de prélever des échantillons du sol à plusieurs endroits. L’attraction est très faible et il éprouve une merveilleuse sensation de bien-être. Il a l’impression de planer, de flotter dans l’air. Il ressent une puissance et une omniscience comme s’il contrôlait et dominait cet environnement inconnu. Il se laisse aller à enchaîner des sauts toujours plus longs.

Après quelques minutes il sent soudain une gêne, il a un peu de mal à respirer. Il regarde sa jauge à oxygène, le niveau est très bas. Ce n’est pas normal, il a vérifié lui-même, il est parti avec un réservoir plein. Il doit revenir au vaisseau le plus rapidement possible. Les quelques bonds si ludiques et jubilatoires lui ont

permis de franchir une distance colossale. Pour économiser l’oxygène il doit ralentir et le retour devient de plus en plus pénible et contraignant. Il aperçoit l’entaille à l’origine de la fuite. Comment a-t-elle pu se produire. La coupure est nette, comme

si elle avait été faite intentionnellement ; il se serait attendu à une déchirure accidentelle. Il essaie de colmater la fuite avec son doigt. Il pense en lui-même, c’est comme si je pissais dans un violon. Désormais il avance à petit pas ; ce n’est pas pratique avec son doigt sur la fuite d’air. Mais il persiste dans ce geste inutile. Cela lui donne l’impression de faire quelque chose de constructif même si ce n’est pas très efficace.

Maintenant il a l’impression d’être engourdi, il ressent de plus en plus de difficultés à progresser, il se traîne. Tout ceci lui semble vain. C’est vrai ça doit être difficile de faire de la musique en pissant dans un violon. Il faudrait avoir une grosse envie et faire des jets puissants pour produire une note.

Derrière lui il aperçoit soudain un nuage de poussière. Il se dirige dans sa direction. Il se présente sous la forme d’un groupe de choses non identifiées cherchant à le rattraper en produisant un bruit assourdissant. Il essaie d’accélérer.

Le vaisseau n’est plus très loin. Il doit pouvoir arriver à temps. Plus il essaie d’aller vite et plus il se traîne. Il a l’impression de faire du sur-place. La tête et les jambes sont dissociées. Le nuage menaçant est tout près maintenant et il n’arrive toujours

pas à atteindre son but. La tension est trop forte, c’est fini pour lui. Il reste paralysé, prêt à subir son exécution. Sa vie défile dans sa tête à une vitesse inouïe, et dans le même temps il entend le vacarme insupportable juste avant le choc, puis plus rien…

Soudain il se redresse en criant ; il est assis dans son lit, en sueur. Il regarde autour de lui et reprend conscience des objets familiers autour de lui. Il respire, soulagé d’être sorti de ce mauvais rêve.

0 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Le tribun

Trois barils composaient une estrade improvisée à la hâte. Lui, l'étranger, l'homme révolté, il était là, dressé, puissant, haranguant la foule avec talent. Des épées de soleil terrassaient la place o

Caligula

Caligula : C’est une vérité toute simple et toute claire, un peu bête, mais difficile à découvrir et lourde à porter. Hélicon : Et qu’est-ce donc cette vérité, Caïus ? Caligula : Les hommes meurent et

© 2016 Écrirensemble site officiel