• Danièle G

Un anniversaire mémorable

Que d'anniversaires avons nous fêté dans cette famille originale qui

protégeait ses secrets dans un enfermement complice. Je me souviens tout particulièrement de celui de Justine et de ses 18 ans... cette fête longuement pensée et préparée devint un événement majeur qui ne s'oublia jamais…

Justine était mon amie depuis notre petite enfance et son affection m'a accompagnée dans ces douloureux moments vécus par la perte de ma mère. Elle était toujours présente même si parfois la joie de vivre qu'elle tentait de me communiquer se teintait d'un voile de tris-tesse fugitif ! Mais lorsque je l'interrogeais à ce sujet, elle repartait d'un rire mutin sans réponse effective.

C'est donc avec enthousiasme que je m'engageais avec sa propre famille dans des préparatifs joyeux. Il y aura ses nombreux amis, sa famille bien sûr, quelques amis intimes de ses parents... Et pour la surprise, sa mère avait contacté un cousin proche dont elle avait quelque peu perdu la trace et qui vivait maintenant au Guatemala. Heureuse de l'avoir retrouvé elle avait insisté pour sa venue, réfutant ses réticences. Il y a si longtemps que je vous ai

quittés. Presque 10 ans maintenant ! Justine était une enfant, maintenant qu'elle est femme elle ne me reconnaîtra même pas insista t'il, mais il accepta cependant devant l'insistance de la mère de Justine et nous nous réjouissions tous de cette surprise .

Le Grand jour arriva, le beau temps était avec nous ! Heureux de cette chance nous avions préparé, dans le jardin magnifiquement fleuri, tables et chaises... Des ballons et des fleurs garnissaient les tables et le jardin... Je m'activais joyeusement dans les cuisines, tartinant les toasts, surveillant les cuissons. Un vrai laboratoire de réjouissances ! Déjà les premiers invités arrivaient et Justine élégamment vêtue les accueillait chaleureusement. Malheureusement j'étais encore occupée aux préparatifs quand la surprise du fameux cousin arriva… J'entendis juste un brouhaha joyeux à son arrivée et je sortis vite pour profiter de la joie de Justine mais elle me tournait le dos, et ne puis apprécier sa réaction. Il me semblait cependant qu'elle était légèrement

crispé... Mais peut-être était-ce l'émotion ? Je continuais d'aller et venir, participant activement au service. Maintenant que je repense à cette journée, je songe qu'à aucun moment je n'ai vraiment approché Justine. J'étais tout à la réussite de cette journée par mon active présence ; j'apercevais Justine de loin allant et venant parmi ses invités et je me réjouissais pour elle, heureuse de la voir évoluer dans une joyeuse convivialité !

Un son de clochette annonça l'arrivée du gâteau et de ses 18 bougies, moment clé de la Fête ! Les convives se regroupèrent et, les bougies soufflées, réclamèrent un discours dans un écho de rires mêlés. Et ce fut à ce moment précis que la fête bascula dans la tragédie.

Je vis Justine plus pâle que de coutume, les traits crispés s'avancer vers un petit surplomb de la terrasse, les mains agrippées à sa robe bleue si bleue que ce souvenir m'étreint encore ! Sa voix fluette au début prit peu à peu de l'ampleur et j'espère retracer ses mots tels qu'ils restent imprégnés en moi des années après :

«  Vous êtes tous réunis aujourd'hui pour mon plus grand plaisir et je vous en remercie. Il est cependant un être parmi vous que je ne remercierai pas... » et elle se tourna alors vers le cousin du Guatemala qui tentait de se dissimuler dans la foule, « tu as gâché mon enfance et mon adolescence n'a été que survivance. Les jeux sexuels, que tu as imposés à la petit fille innocente que

j'étais, m'ont plus d'une fois fait penser au suicide, et si ma tendre amie n'avait pas été là ... » et je la vis me chercher des yeux ; j'étais blême et figée et mon cœur battait la chamade... Justine se reprit, les yeux embués « Quant à ma chère mère à qui je m'étais confiée, elle ne me fut d'aucun secours car dans son éducation le secret était roi : pas de vagues surtout... Mon cher père était-il au courant ? Si ce fut le cas il a emporté cela dans sa tombe ! »

Je regardais autour de moi, la fête était bien finie... le cousin avait disparu, la mère était en larmes entourée de quelques invités compatissants, la plupart des convives s'était éclipsée. Justine s'approcha de moi, je la pris affectueusement dans mes bras et en sanglotant elle me dit « c'est fini je suis libérée, je peux vivre pleinement maintenant! C'était vraiment une très belle Fête... MERCI !! ».

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