• Danièle G

Vipérine aux yeux verts...

Aussi loin que je me souvienne, cette jeune femme portait un long

manteau noir… Son allure altière était accentuée par un lourd chignon d'où s'échappaient quelques mèches folles qui ont attiré mon attention lors de cette première rencontre ...Elle se disait journaliste et était missionnée pour interviewer le jeune écrivain que j'étais ! Des yeux verts et vifs animaient un long visage ovale, le nez un peu fort donnait à son visage une légère asymétrie et la bouche fine étirait les lèvres d'une douce ironie ! L'ensemble n'était pas sans me déplaire... j'étais un peu abasourdi par ce premier entretien plus attentif à cette jeune femme qu'à la pertinence de mes réponses. Ses questions étaient précises,

légèrement acerbes, pointant mes imprécisions, me poussant dans mes

retranchements. Et moi dans ma naïveté je répondais avec franchise à ses interrogations. Parfois, surprise par mes réponses, sa bouche se tordait en une moue réprobatrice, ses sourcils se fronçaient et son visage perdait de son harmonie tandis que ses yeux s'assombrissaient d'un éclat fugitif !

J'édulcorais alors mes paroles, soumis à son jugement. Aurais je pu

deviner la suite de ce scénario ? Je ne cherchais qu'à me valoriser aux yeux de celle que j'appellerai plus tard: «La Vipérine. »

Ce fut mon éditeur qui m'avertit en premier d'un article paru dans un des journaux littéraires les plus en vue. Il semblait vraiment perturbé par cette lecture :  Comment avez vous pu émettre de telles âneries me dit il d'une voix modifiée par l'énervement... Je bafouillais intrigué par cet échange inhabituel ! Comment avez vous pu me prêter ces propos insensés sur les événements du Moyen Orient ?? Mais je... et j'ai soudain compris que cette femme, profitant de mon inexpérience, avait volontairement déformé mes paroles pour en faire ce que vulgairement on appelle : »un scoop ». Le retentissement médiatique fut de brève durée mais suffisamment intense pour que ma réputation fut entachée trop longtemps à mon gré et surtout à celui de mon éditeur ! La haine des journalistes devint ma seconde nature et désormais je refusais tout interview . On m'appela « le Salinger français ». Cette femme, la Vipérine hanta pendant un certain temps mes pensées, puis disparut peu à peu comme le font souvent les mauvais souvenirs...

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