• Elisabeth Bellot

A mi-chemin de ta vie

« Un tout, c’est ce qui a un commencement, un milieu et une fin » m’avait-il soufflé à l’oreille. -Regarde cet arbre majestueux, ce chêne : comme il se dresse, robuste, dans ce rai de lumière, à la croisée des chemins…Vois ce chemin qui s’ouvre devant toi ! Repense à lui, cet homme sans âge, dont les traces passées, racines immenses et profondes, te retiennent et te paralysent. Grave dans ta mémoire cette histoire qui vous relie et tisse entre vous deux cet espace mystérieux, milieux de vies réunies et maintenant éparses. A jamais en toi désormais ce silence obscur, qui, entre vos deux existences, crée ce vide abyssal…fin d’une vie, séparation, mort, pire encore peut-être… Il aura fallu presque vingt-cinq ans, au mitant de leurs vies, pour que leurs existences se rencontrent à nouveau. Tout convergeait, tout leur apparaissait d’évidentes, de confondantes communautés d’intérêts : c’était entre eux un foisonnement de désirs, un milieu fertile, riche aux projets d’avenir. C’était une explosion de bonheurs ininterrompus : son existence à elle, son existence à lui n’avaient été qu’attente : latence et prémisse à ce moment irréel de leurs retrouvailles. Ce qui m’a le plus marquée, c’est que tout était là, intact : l’étincelle de vie qui les animait, était plus rayonnante que la lumière des flammes du plus grand des brasiers. Mais elle les a consommés, au lieu de les réchauffer. Ils appartenaient tous deux, à un autre monde : un monde différent où l’esprit dirige le mouvement, un monde où la pensée agit sur la réalité. Ils croyaient ce qu’ils imaginaient, ils construisaient des mondes sensibles, irréels et les habitaient. Ils s’étaient imperméabilisés contre la cruauté et la folie du monde extérieur. Ils s’étaient armés pour lutter contre tous les dangers. Ils exultaient ensemble, réunissant en leur centre, les forces les plus fécondes…Lumière surnaturelle de l’amour. Et je m’interroge aujourd’hui, sur le sens de cette parenthèse de leur vie. Mais je sais aussi, pour les avoir vu s’éloigner et se quitter sans se retourner que l’aimantation de leur désir les avaient consumés. Ils s’étaient approchés trop près de ce centre névralgique,…la vie ensemble leur devenait insupportable. Ils n’avaient plus rien à désirer, sans doute. Ils m’ont laissée, sur le seuil de leur vie… Ils m’ont choisie, dernier témoin de leur bonheur éclaté, extase maladive et tremblante. J’assiste, impuissante, à leur agonie. Il n’y a pas de fin, pas de reconnaissance à leur histoire. J’ai dû juste rêver : tout cela n’a ni queue, ni tête... Ce ne sont que des mots qui s’entrechoquent, des idées qui se percutent, une histoire d’amour impossible et pourtant rêvée si fort ! Etincelle du milieu d’une vie, éclatante extase de l’universelle fin.

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