• Martine

Au nom de la Terre

Mon nom est Covid 19. Il s’agit, bien sûr, d’un nom de code. Ma mission : la destruction de l’Humanité. C’est violent, je sais ! C’est la dix-neuvième de mes interventions. A travers le temps, j’ai réussi de belles opérations : disparitions totales de civilisations par des catastrophes « naturelles », des épidémies en tous genres, mais ce ne sont que des caricatures à côté de celle-là. Mon chiffre n’est-il pas le symbole du début et de la fin. J’ai beaucoup hésité avant de l’accepter. Mais quand je vois le monde d’aujourd’hui, je suis effarée par la vanité, la cupidité, l’inertie, l’imbécillité des humains. Ils n’ont rien compris.

Toutes les semonces, qui leur ont été adressées au cours des siècles, se sont soldées par plus d’asservissement des pauvres par les riches, de pillages et de destructions des biens donnés par la Nature, de l’élimination organisée des autres espèces… Au nom de quoi me direz-vous ? Du bonheur de l’Humanité ? Non. De l’égalité, la justice ? Mais non. De la survie de la Planète ? Mais absolument non ! Juste au nom de l’argent, la monnaie, les marchés, le

business, le trafic, les stocks options, les actionnaires, les dividendes…

Au début je leur ai laissé une chance, un coup de semonce pour les faire réagir : j’ai contaminé les humains les plus âgés et j’ai épargné les enfants, les jeunes. Je me suis dit, qu’ils n’étaient pas responsables de toutes les folies et dégradations du monde. Je pensais que les adultes allaient enfin comprendre qu’il était temps de respecter les autres humains, les autres espèces et la Planète, juste là, avant la catastrophe finale.

Si les gouvernants de tous les pays avaient été à la hauteur, ils auraient pu empêcher cette pandémie. Un confinement général, voire mondial, limité dans le temps était la solution qui pouvait m’empêcher de proliférer. Mais au nom de la sacro-sainte Economie, seuls des confinements partiels ont été mis en place, avec des distinctions aberrantes : travail présentiel ou en visio, commerces essentiels ou non qui n’ont fait qu’accroître le malaise et

la violence.

Au lieu de ça, ils ont dissimulé la vérité, menti sans vergogne, tergiversé sur les moyens à mettre en œuvre : les masques, le gel hydro-alcoolique, le nitrate d’ammonium. Résultat : les gouvernés ont perdu confiance et ne savent qui croire : les médecins prophètes, les complotistes qui se déchainent sur les réseaux sociaux et qui cherchent des boucs-émissaires : le pangolin, la chauve-souris et les « Autres », ceux qui font partie du Complot.

Ainsi tout est tellement brouillé que la moindre mesure fait scandale : les clusters, le confinement, la distanciation, le couvre-feu. Liberticide tout ça ! Et les attestations. On les

prend pour des enfants ! Mais quand j’ai pitié de ceux qui meurent dans d’atroces souffrances, de ceux qui s’épuisent à les soigner et que les règles sont assouplies, alors c’est la fête, la teuf, les restos, les embrassades, les vacances, les sports d’hiver … Ils perdent la tête : maltraitances des enfants, féminicides en augmentation. Folie des dictateurs. Famines, pollution, destruction massive de la planète. Rien ne change. Seuls les humains sont

responsables. Ceux qui dirigent comme ceux qui subissent. Mais quand comprendront-ils ?

Je suis en train de muter et passe à la vitesse supérieure. Je vais me propager plus rapidement et voir enfin s’ils comprennent.

Je le souhaite car de toutes les espèces qui sont sur la Terre, c’est celle des humains qui a été capable de la plus belle évolution. Si partout dans le monde, des hommes et des femmes de

de bonne volonté organisaient la mondialisation de l’intelligence, se soulevaient pour stopper la dévastation de la Terre, réaliser la véritable Révolution Ecologique, je renoncerais à aller au bout de ma mission. J’épargnerais l’Humanité.



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