• Renée Durand

Le nostalgique

Bienvenue à vous, cousins cousines. Mettez-vous à l’aise, retirez votre manteau noir, installez-vous les pieds sur la table si ça vous chante. Nous nous sommes contenus avec vaillance pendant les funérailles de Grand papa, évitant pour ne pas rire de nous regarder

pendant le portrait élogieux qu’en brossait tonton Jacques : modestie, sagesse, érudition en histoire. Tout y est passé. Mais avouons que notre vénérable ancêtre avait quelques côtés, disons, fatigants.

Vous le revoyez au fond de son salon, assis dans son fauteuil Voltaire, ou plutôt sur son fauteuil tellement il mettait un point d’honneur à se tenir droit comme un i. il y mettait tellement d’énergie qu’on avait l’impression qu’il allait entrer en lévitation sous nos yeux.

Avant de nous dire bonjour, il nous bombardait de « tiens-toi droit », « Redresse-toi, tu es avachi ». Et il avait ce dodelinement incessant de la tête qui rendait toute tentative de bise hasardeuse. Toujours les même sujets de conversation : les gens ne savent plus travailler, ils n’aiment pas se salir les mains : les éboueurs ne lui prennent pas ses poubelles sous prétexte qu’elles ne sont pas triées autant de monologues avant les inévitables « Où en es-tu toi ? à chacun de nous. «A la fac, papy, toujours » « Je cherche un stage, pas facile tu sais papy. » ça dérivait immanquablement sur le service militaire qu’on ferait bien de rétablir pour occuper toute cette jeunesse oisive, ça nous occuperait ! « Eh bien papy justement on a du travail, on va y aller. » « A la prochaine ! »…

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