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  • Monique L

Mensonge

« Au nom du Père…. »

« Au nom du Père… », une musique distillée insidieusement, depuis un âge incertain, dans un petit cerveau encore en phase de construction.

Le recrutement par la communauté est précoce. Le nourrisson avant d’avoir vécu est lavé des fautes à venir par une onde bénie, un gage d’assurance signé pour lui par d’adultes protecteurs pour engager sa vie vers l’éternité. Cependant le contrat est lié de quelques obligations.

A l’heure où l’enfant est capable d’étiqueter de mots les formes et les couleurs, il est temps de le mettre à l’épreuve d’un rite amusant qui consiste à exécuter une chorégraphie bien rodée depuis des siècles. Comme le laçage de la chaussure, il faut partir dans le bon sens et de préférence de la main droite. Au geste doit se joindre la parole : « au nom du Père… ».

L’anecdote suivante ne mérite pas une nouvelle mais une histoire courte. Celle de la première expérience de l’effet de la désobéissance.

A six ou sept ans, marre de m’agenouiller avant de dormir, marre de me signer « au nom du père… »,

marre de débiter toujours la même litanie, un «Notre père…. », à un père inconnu, perdu dans la nuit. Pourquoi toujours lui chanter des mots obscurs sans réponse. Le protocole semblait indiscutable, un signe de respect sacré incontournable.

Impossible de retrouver l’origine de ce soupçon de révolte qui m’ouvrit les portes de la réalité.

Le risque était double : passer du côté du péché que je pensais de la catégorie mortelle, et me faire démasquer par ma mère qui ne manque pas de venir s’enquérir si le rituel du soir a bien été

accompli.

Après une décision que j’estimais vitale, je tente l’expérience : me glisser dans les draps sans cérémonial. Je craignais la sanction immédiate réservée aux condamnés. J’étais toujours vivante quand ma mère passa sa tête pour m’entendre lui assurer que tout était accompli.

L’œil ouvert guettant l’ombre, j’attendais avec angoisse la sanction. Impossible de revenir en arrière, le mal était fait. Ensuite, ce fut l’enlèvement par le sommeil. Le lendemain l’ordre du lever est donné, j’étais bien là, les pieds sur un sol froid. Je ne suis pas morte.

La mort je savais ce qu’elle était, parce que mon ami Jean Pierre était parti au ciel à cause de la polio qui l’avait rendu boiteux.

Bref je comprends à ce moment-là que la désobéissance et le mensonge c’est comme la gourmandise, ce n’est pas mortel.

A la même époque, à l’âge de raison, je franchis l’étape de la première communion. Impossible de décrire la forme de la menace pour cette cérémonie où les petits élus sont invités à partager le corps

du Christ par le biais d’une hostie qu’il ne faut surtout pas croquer, sinon, sinon quoi ? A ces âges de l’innocence, la méthode est efficace, les adultes savent, moi avec ma cervelle de moineau je n’ai pas le choix. J’ai beau faire des efforts, à genoux, les mains jointes, je ne sens rien, je n’entends rien : le vide ; mais je fais ma tête d’ange, ça leur fait plaisir.

Ces mensonges ont pris fin avec la maturité.

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