• Delphine L

Fait divers

La Maire fut alertée, une première fois, sur le marché, le

premier dimanche d’avril. Elle avait d’abord souri tout en pensant

qu’elle était lasse d’entendre toutes ces histoires de ploucs. Elle

étouffait dans cette petite ville et aspirait à une vie moins étriquée. Elle avait écouté et promis ce qu’elle savait qu’elle ne tiendrait jamais.

Plusieurs habitants l’avaient interpellée, inquiets : « On n’en peut plus, vous comprenez ! On ne comprend pas ! Faites quelque

chose !... »

Deux mois plus tard, son sourire électoral avait laissé la place à une terreur sourde. Elle, qui comme tout le monde, avait cru à une mauvaise blague de soirées alcoolisées restait impuissante devant le drame qui se jouait dans le village. A présent, les hasards avaient laissé la place aux coïncidences puis aux menaces. La police, omni-présente, demeurait pourtant impuissante.

Personne n’aurait pu dater précisément le début de cette affaire. Aucun lien n’avait été établi et surtout personne n’avait été arrêté. Chaque nuit, un pot de fleurs était volé dans le cimetière, et chaque matin, un ou une habitante le retrouvait devant sa porte. Qui volait ces fleurs ? Personne ne l’avait jamais su. Pourquoi ces personnes recevaient-elles ces fleurs ? Personne ne l’avait compris.


Le mystère demeurait opaque et entier. A l’amusement des premiers jours, succéda la peur quand les premiers malades se déclarèrent. Là encore, aucun lien ne put être établi tout d’abord, jusqu’à ce qu’enfin l’on comprenne que chaque malade avait trouvé un matin, devant sa porte, un pot de fleurs volé la veille dans le cimetière. Il ne s’agissait donc plus de blagues, de hasards mais bien de menaces.

On suspecta tout le monde dans le village : le jardinier du cimetière, le fleuriste, le médecin, les vieux, les jeunes, les hommes, les femmes. Tous les spécialistes se succédèrent en vain pour trouver une raison et une solution : les généalogistes, les historiens, les psychologues, les médecins, les virologues.

Personne ne pouvait ni expliquer, ni arrêter l’hécatombe qui sévissait. Les tests et les examens restèrent tous sans réponse. A présent, chacun attendait avec angoisse le pallier suivant, l’étape ultime, la raison inavouée et non avouable, ce qui succéderait inévitablement à la maladie. Chacun attendait son tour de

mourir.

Ce premier jour de juin, le Maire du village voisin appela, paniqué, sa consœur : « J’ai trouvé un pot de chrysanthèmes devant ma porte, ce matin ».



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