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SOLUTION

de Laurence de la Chapelle

Pendant cette quarantaine lunaire, parce qu’en n’en connait pas la fin, j’en profite pour faire un régime. Ce n’est pas difficile, les magasins sont pillés et il n’y a plus grand-chose à bouffer. Et puis, je suis seul et confiné. J’ai bien essayé de m’empiffrer autrement, à coup de vidéos, photos whatsap et compagnie, ce qui m’a, dans un premier temps, bien rassasié. Mais, je constate maintenant, qu’elles sont toutes épuisées, tout comme ceux qui les ont envoyées. Ils ne vont pas se mettre à compter les jours comme les moutons, en espérant ainsi sortir de l’emprisonnement ! Finis les moutons de Panurge ! Chacun ses responsabilités ! Comme les détenus, nous avons, quotidiennement, notre heure de décompression, pour nous raccrocher à la vie. Gouvernement oblige ! L’autorisation est modifiée selon le goût du jour. Cette semaine, c’est un petit tour au petit matin et en fin de journée, pour tous les joggers pressés et pour les familles éprouvées ! Chouette, on va pouvoir tous se retrouver se disent certains ! Et d’autres, on va tous se le refiler ! Je ne peux plus regarder l’écran, tant j’ai mal aux yeux. Je n’arrive même plus à rêver. Je m’interroge. Ai-je eu une vie de con que je me trouve fini ! Je ne suis pourtant pas un con en fin de vie et ne m’imagine pas con fini ! En tout cas, c’est fini dans ma caboche. Je suis en vin de cycle. Je n’arrive plus à réfléchir, pas d’énergie, plus de conflit. Ce qui est sûr, c’est une autre sorte de vacances et sans doute bien plus bénéfiques qu’on le pense ! Mes pensées comme mes sorties sont au ralenti. Le silence me broie comme un long ennui, il ralentit mon train de vie. En tout cas, fini les cons, je n’ai plus à les côtoyer ! Mais serait-ce fini pour moi aussi ! Le con c’est l’autre, disait l’un. Je suis fini, dit l’autre ! Je me rends à l’évidence ! Qui suis-je en ce moment, confiné ! Con fini ! La finitude de celui qui n’en avait pas fin de ressasser. Je n’avance plus, je ne recule pas, je stagne. Il va falloir qu’un autre jour s’ouvre, et pas comme avant ! Plus comme avant ! Et il faut le temps pour que cela se prépare ! Au moins, je ne suis plus soumis au jugement des autres. Je crois que je serais bientôt hors circuit. Je débranche la pensée qui tourne ou elle se débranche toute seule à force de s’épuiser. Plus de carburant ! Rien ne sert de s’éviter, tout revient à point. J’ai compris le système. Sortir du con-flit. C’est dur le périmètre d’identification dans un 15 m2 mais il faudra bien pousser les murs ! S’en séparer ! Réfléchissons ! Alors, je me résous à jouer avec les mots. Choisissons la racine « Ab-abs », par exemple, défini comme « Séparation qui indique l’idée d’éloignement » : Absentéisme, soit, je ne suis plus présent qu’à moi-même, je ne manque à personne ; Abducteur : ah ! Oui, un peu d’exercice est salutaire pour que je tienne le coup ! ; Abcès : ça serait bon de le crever une fois pour toutes, je verrai peut-être plus loin ! ; Absurde : certes, la situation paraît l’être mais pas tant que ça, à y regarder de près ; abasourdi : à la longue, on peut l’être quand on compte les journées ! ; Abysse : non, tenons le coup, on va s’en sortir, respirons, soufflons ! ; aberrent : C’est ce qu’on dit, pour ne pas y regarder de plus près ! ; Abdomen : quand on a fini de ramener tout à soi, on finit quand il n’y a plus personne, par en avoir fait le tour ; abattre : vous êtes bien pressé ! Passer donc à votre voisin ! ; Aborigène : il va falloir retourner au temps où l’on n’avait pas besoin du téléphone ! ; abdiquer : ah ! Encore un effort, Je crois qu’on y est ! ; Absous : Ah ! Enfin pardonné de notre AB-SURDITE ! Alors combien de temps faut-il faut finir le processus ? Ah ! A chacun son rythme ! Bof ! Alors, on n’est pas encore rescapé !

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