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Cachette

de Monique D.


Je sais, ça ne serait pas prudent en ce moment de mettre à exécution les nombreuses idées qui me traversent. Bien obligée de différer, mais dès que je peux sortir, ouvrir enfin ma maison, je tire un trait sur l'ennuyeux de mes jours et passe à la réalisation de mon projet que je trouve plutôt sympathique. Il ne restera plus qu'à le faire valider par chacun. Il me faut trouver un lieu magique, voire extraordinaire, un château peut-être, mais pas trop grand, un parc avec des arbres majestueux, des animaux, oui ça serait bien pour les petits. Ils pourraient courir, se cacher, marcher dans l'herbe, entendre le bruit du vent dans les feuilles, se transformer en petits lutins. Ce serait bien une porte pivotante pour entrer dans le château. Ils adorent. Je leur dirais négligemment : « vous êtes libres dimanche ? On peut se voir ? On pourrait se retrouver et fêter les anniversaires qu'on a ratés ». Bien sûr, je ne dévoilerais rien. Je ferais comme si ce n'était pas important, alors qui j'y aurais travaillé ardemment. Je tiens à les voir ravis, étonnés, enchantés. Je ferais des cadeaux à chacun. Leur bonheur fera le mien. J'ai envie, besoin de les avoir près de moi. C'est ma famille. Elle me fait chaud. Je suis bien avec eux. J'aime entendre mes petits, devenus si grands à présent, voir les encore tout petits s'émerveiller. « Dis on dirait que c'est chez nous. On pourrait y vivre tous ensemble ». Et moi, digne grand-mère, je répondrais en souriant « Et pourquoi pas." J'avais même pensé inviter d'autres personnes. Kleiman, Miep, Bep Voskuyl, de très bons amis mais tous trois se sont exilés loin d'ici. Kugler, trop âgé, a décliné mon invitation ainsi que Van Daan. Je les connaissais bien. Ils venaient souvent rendre visite à mes parents. Et Peter, l'insaisissable, je suppose parti en voyage. Je n'ai pu le joindre. C'est mieux ainsi. Jour J. J'ai loué un mini bus. Je passe prendre les plus éloignés. Petit d'homme, ravi de monter dans un mini bus, s’assoit à côté du chauffeur. Les questions fusent. Les réponses s’entrechoquent. Il y a du plaisir, de l'excitation, du bonheur à se retrouver, à se toucher, à se respirer, à s'embrasser. C'est parti pour la prochaine étape. Surprise « ah vous êtes là !». Ça s'agite, ça caquette. C'est la vie qui revient. Je savoure. Ils questionnent, « pourquoi, où ? ». Moi, gamine toute excitée je fais ma mystérieuse. Devant la grille du château tous sont en arrêt. Les enfants s'échappent en criant. Aujourd'hui, je suis la maîtresse de ces lieux. J'entends bien faire de cette journée un moment rempli de rires, de plaisir partagé, de bonheur d'être ensemble.

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