• Claudine

Il pleut des idiomatiques

L’an 1274 de notre ère très chrétienne est paru, dès potron-minet, devant nous, Enguerrand de Brétigny, évêque de Cambrai et grand inquisiteur du tribunal ecclésiastique, le sieur Benoît, maître forgeron de son état qui, après avoir tourné sept fois la langue dans sa bouche, nous a conté une bien étrange affaire.

Rentrant à la nuit tombée, la tête dans les étoiles et l’estomac dans les talons, d’une course au village de Beaupré et passant par le petit bois du Pendu, Maître Benoît, attiré par une lueur très vive au milieu d’une clairière, s’en approcha en catimini et découvrit une scène de cauchemar. Ne sachant sur quel pied danser,

il fit le poireau derrière un gros chêne, le moral à zéro.

Au centre de la carrière, la dite Guillemette, femme de mauvaise vie notoire, guérisseuse à ses heures, marmonnait des incantations incompréhensibles tout en jetant de l’huile sur le feu immense qu’elle avait allumé puis dansait une sarabande effrénée tout en aboyant à la lune comme une folle.

Et là, le sang se glaçant dans ses veines, le sieur Benoît vit apparaître Belzébuth dans un nuage de fumée noire : corps d’écailles sanglantes, pieds fourchus, immenses cornes pointues et longue queue poilue… Vision d’autant plus infernale qu’avant de tomber dans les pommes, il entendit la dite Guillemette adresser à Satan, comme à un proche, de véhémentes et venimeuses paroles, lui reprochant sa misère actuelle, et la vit saisir brutalement l’appendice caudal du

diable courroucé pour l’empêcher de s’enfuir avant qu’il n’eut remé-dié à son infortune.

Reprenant ses esprits au petit matin, le sieur Benoît, d’épouvante, prit la poudre d’escampette, sans demander son reste, et vint s’effondrer devant notre sainte église, blanc comme craie.


Péniblement affligé à l’écoute de cet effroyable récit, nous, Enguerrand de Brétigny, évêque de Cambrai et grand inquisiteur, requerrons et ordonnons, sans faire long feu, à Baptiste du Haunois, prévôt du Roi, et à ses archers de faire diligence pour se rendre, de ce pas, en montant sur leurs grands chevaux, au lieu du crime et se saisissant de la dénommée Guillemette, à la langue bien pendue, la mener devant notre tribunal ecclésiastique afin que justice divine soit rendue et qu’elle soit brûlée en place publique, ce jour même, pour sorcellerie, non pas pour tirer le diable par la queue, mais pour avoir le diable au corps.

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